Philippe Martin, coordinateur du programme économique d’Emmanuel Macron
Sciences Po constitue cette année un vivier d’experts pour les candidats à l’élection présidentielle. L’IEP de Paris abrite ainsi le bureau de l’économiste Julia Cagé, la madame économie de Benoît Hamon, mais aussi celui du professeur Philippe Martin, coordinateur du programme économique d’Emmanuel Macron. Ces destins mêlés ne s’arrêtent d’ailleurs pas là. Pour l’anecdote, Julia Cagé est l’épouse de Thomas Piketty, économiste et conseiller du candidat PS sur les traités budgétaires européens. Or l’auteur du best-seller Le capital au XXIe siècle a partagé en 2002 le prix du meilleur jeune économiste de France avec… Philippe Martin ! Cela étant dit, les convictions des uns et des autres divergent sur plusieurs points, comme le montrent les programmes de Benoît Hamon et d’Emmanuel Macron.
Philippe Martin se revendique comme un néo-keynésien. C’est-à-dire que « je considère important, à court terme, le rôle des politiques budgétaires mais celles-ci ne règlent pas tous les problèmes. A long terme, c’est l’offre qui est primordiale », explique l’économiste. De nature assez optimiste, ce dernier concède que l’on ne retrouvera néanmoins pas la croissance des trente glorieuses, qui était un effet de rattrapage. Il estime en revanche que les gouvernements peuvent agir pour doper les chiffres. Cela passe notamment par un marché du travail moins rigide. « Il y a un certain nombre de domaines, comme l’innovation, où si vous n’avez pas un marché du travail flexible, vous n’avez pas de gains de productivité. En contrepartie il faut mieux protéger les travailleurs. Cette protection passe par l’assurance chômage, par exemple, mais aussi par une meilleure efficacité de la formation professionnelle », souligne Philippe Martin, également research fellow au Centre for Economic Policy Research (CEPR).
Ce dernier est attaché à des thèmes également chers à Emmanuel Macron. Les deux hommes, qui s’étaient furtivement rencontrés à l’Elysée, ont commencé à travailler ensemble lorsque Philippe Martin a rejoint Bercy en 2015 en qualité de conseiller économique du ministre aujourd’hui candidat. Il a depuis travaillé aussi avec ses équipes dont fait partie l’économiste Jean Pisani-Ferry. « Ce n’est pas un chercheur pur mais il est à la charnière entre la recherche et l’application de la théorie », estime Philippe Martin, qui a auparavant été membre du Conseil d’Analyse Economique du Premier ministre (2013-2015). L'enseignant aimerait que les hommes politiques aient plus recours à des conseillers venus du monde académique mais aussi que les universitaires mettent plus les mains dans le cambouis. Il a d’ailleurs connu d’autres pays, avec d’autres façons de faire et de lier la théorie à la pratique. Ce diplômé de Sciences Po de 51 ans, passé également par Dauphine, a en effet fait sa thèse sur l’unification monétaire en Europe à la Georgetown University (Washington). Il a également été économiste à la Réserve Fédérale de New York au début des années 2000.
Pro européen
Philippe Martin a donc une bonne vision des différentes pratiques en matière de politique monétaire. En ce qui concerne le Vieux Continent, il estime que la BCE doit rester indépendante. « Je ne conseillerais pas à un ministre de l’Economie ou des Finances de contredire une décision de politique monétaire. La BCE -qui a été l’une des seules institutions européennes à avoir un rôle déterminant pendant la crise- n’aurait peut-être pas pu avoir cette politique expansionniste si elle avait été sous la pression des gouvernements », estime l’enseignant-chercheur. Ce dernier précise toutefois que certains gouvernements se sont trop appuyés sur les facilités offertes par la banque centrale pendant la crise, plutôt que de retravailler leurs politiques fiscales.
Par ailleurs très européen, Philippe Martin pointe du doigt des programmes comme celui du Front national. « Croire que tous nos problèmes viennent de l’euro, c’est assez malhonnête d’un point de vue intellectuel (…) Si l’on sort de la monnaie unique, il ne faut pas croire que l’Italie ou l’Espagne ne vont pas suivre. Or leurs monnaies seront encore plus dévaluées que le franc. L’euro a notamment été mis en place pour éviter les dévaluations compétitives », rappelle Philippe Martin. L’économiste reprécise d’ailleurs qu’Emmanuel Macron croit en l’UE et qu’il est le seul candidat à faire applaudir l’Europe lors de ses meetings. L’Union européenne est donc le bouc émissaire de certains extrêmes. « Parmi les problèmes les plus importants que nous avons je mettrais l’éducation, l’apprentissage, les systèmes de retraite, etc. Ce sont des problèmes que nous aurions avec ou sans l’Europe. »
Porteur de solutions
Afin de relancer la machine française, celui qui a créé le département d’économie de Sciences Po, qu’il a dirigé de 2009 à 2013, réaffirme l’importance d’avoir une vision globale. « Certains politiques réfléchissent trop en économie partielle. Il faut regarder les impacts de chaque décision sur les autres marchés, comme l’emploi, la politique budgétaire, commerciale… ». Le projet d’Emmanuel Macron, soutenu par Philippe Martin, s’y attèle et tient sur deux grandes jambes. Premier grand chantier : le plan sur les compétences. «Une génération a été sacrifiée pendant la crise économique. Des jeunes qui auraient dû entrer sur le marché du travail n’ont pas pu le faire et les chômeurs de longue durée sont aujourd'hui plus nombreux », poursuit Philippe Martin. L’idée est d’arriver à remettre une partie de ces Français au travail, notamment via la formation.
En outre, « il faut diminuer les dépenses courantes et augmenter les investissements qui préparent l’avenir ». Et sur l'exemple des bâtiments publics mal isolés : « Il y a des investissements qui ont des rendements rapidement très élevés d’un point de vue économique et social », note le professeur. Il s’agit de mettre l’accent sur la transition écologique, et de le faire d’autant plus rapidement que les taux sont bas. Philippe Martin prend l’exemple des bâtiments publics très mal isolés, qui font ainsi perdre à l’Etat des sommes considérables en chauffage ou climatisation. « Il y a des investissements qui ont des rendements rapidement très élevés d’un point de vue économique et social», observe le docteur. Ce dernier, qui avait signé en 2012 l’appel des économistes en soutien à François Hollande, mise dorénavant sur Emmanuel Macron. En revanche, il n’affiche pas publiquement de volonté d’accéder au gouvernement, étant très heureux à Sciences Po.
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