Nicolas Petrovic : l'humain au centre de l'entreprise
Quand on demande au tout nouveau patron de Siemens France quelles sont selon lui les qualités pour être CEO, il répond modestement qu'il n'a pas de leçons à donner. Le parcours de ce Français de père yougoslave, âgé de tout juste 48 ans n'a pourtant pas de quoi faire rougir, lui qui a assuré pendant plus de huit ans la direction d'Eurostar. Groupe dont il a su redresser l'image et la marque avec une main de maître. Après des études à l'ESCP, qui lui donnent le goût de l'international, grâce à plusieurs expériences professionnelles et césures à l'étranger, il entame sa carrière à Taiwan à la Compagnie Générale des eaux où il est notamment chargé de trouver des partenaires pour réaliser des joint-ventures. Une expérience qui constitue pour lui un véritable choc culturel et qu'il décrit comme passionnante, puisque c'est l'époque où l'île asiatique est en pleine révolution économique, pour passer de pays en développement à pays développé.
A son retour en France en 1993, il entre à la SNCF, en tant que responsable services en gare Grandes Lignes tout d'abord, puis à un poste de terrain, comme responsable des agents de contrôle Paris Saint-Lazare, avant de devenir secrétaire général de la division Grandes Lignes. "Je suis resté neuf ans à la SNCF, au moment d'un certain âge d'or du TGV en France, où le train à grande vitesse a connu une énorme transition. Le train longue distance fonctionnait encore avec des tarifs kilométriques. Il a fallu, avec les équipes, totalement repenser la politique tarifaire et le service clients à l’occasion du déploiement du TGV pour concurrencer la voiture et l’avion", explique Nicolas Petrovic. Une transformation réalisée notamment grâce à l'impulsion donnée par Guillaume Pepy, alors directeur général délégué clientèle de la SNCF, avec qui Nicolas Petrovic dit "avoir eu la chance de travailler". "Il m'a beaucoup marqué par son énergie et sa vision pour transformer l’entreprise", affirme Nicolas Petrovic, qui est toujours en contact avec Guillaume Pepy aujourd'hui.
Avec le soutien de son patron de l'époque, Nicolas Petrovic décide de quitter le groupe afin de faire un MBA à l'INSEAD, avec l'envie de partir ensuite à l'étranger. A la sortie en 2003, il est contacté par Eurostar à Londres, qui lui propose de devenir directeur du services clients, le principal point faible de l'entreprise à l'époque. "Eurostar allait très mal et avait décidé de changer l'ensemble de son équipe dirigeante", poursuit l'intéressé, qui remonte peu à peu l'offre clients de la ligne, afin d'offrir à l'usager une véritable expérience, de son arrivée en gare à son voyage dans le train. "Les équipes Eurostar étaient très fières de leur travail et de la prouesse technique que représentait le train, mais elles étaient totalement démoralisées car l'offre n'était plus en phase avec le marché et la demande", commente Nicolas Petrovic.
Il est ensuite nommé responsable des opérations, où il relève le défi du déménagement en une nuit de tous les services Eurostar, de Waterloo, à la nouvelle gare de Saint Pancras. Le patron des opérations se souvient avec émotion du départ du dernier train de Waterloo un mois de novembre 2007, à 17H, du concert de Lilly Allen devant la gare ensuite pour célébrer ce grand passage, et de l'arrivée et du départ de quatre trains en l'espace de 8 minutes le lendemain, dans la gare rénovée de Saint Pancras. En 2010, le directeur général d'Eurostar, Richard Brown, qui l'a recruté au tout début, lui propose de prendre sa suite à la direction. Un défit que le COO accepte, poussé par son ancien patron qui estime qu'il saura apporter du changement et orienter la culture de la boîte différemment. "Richard Brown m'a beaucoup appris sur la façon toute britannique d'aborder les sujets, à savoir un incroyable pragmatisme et une grande ouverture d'esprit. Quelle que soit la situation, il va toujours chercher une issue positive et humaine", explique Nicolas Petrovic.
C'est sous la direction de Nicolas Petrovic notamment, qu'a lieu la fusion des activités belge, française et britannique d'Eurostar, afin de créer une seule entreprise basée au Royaume-Uni. "Une fois que nous avions rassemblé toutes les équipes, il a été beaucoup plus facile de travailler sur la culture d'entreprise", rapporte l'ancien CEO, qui ajoute avoir eu à coeur de donner à ses équipes les clefs pour se comprendre, grâce à des formations au management interculturel. "Dans tous mes postes, ce qui m'a le plus intéressé, c'est l'humain : savoir ce qui motive les équipes, et réussir à former des gens qui ont envie de venir travailler le matin."
C'est d'ailleurs l'un des arguments qui a poussé Nicolas Petrovic à accepter la direction de Siemens, une entreprise selon lui avec "une forte culture", et où les gens sont "fiers de travailler". Qui dit vouloir aider Simens France à réaliser sa transformation vers la digitalisation, tout en conservant la motivation des équipes. Après 15 ans à Londres, cet originaire de Saint-Germain-en-Laye revient donc dans la capitale française, au moment où souffle selon lui un vent d'optimisme qui devrait l'aider à mener la nouvelle entreprise dont il est patron. "Il est plus facile de diriger quand les gens ont confiance en l'avenir", estime Nicolas Petrovic. Ce passionné de football, qui supportait l'équipe d'Arsenal à Londres, va se mettre au PSG, et compte bien profiter de la richesse culturelle qu'offre la capitale française. Et Londres ne sera pas bien loin s'il veut y retourner pour un match à Wimbledon !
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