Robert Ophèle (AMF) : régulateur français et européen
Avant de poser ses valises le 1er août à l’Autorité des Marchés Financiers (AMF), Robert Ophèle avait déroulé toute sa carrière à la Banque de France. Un choix de vie professionnel qu’il ne regrette pas. « C’est un lieu très stimulant. Contrairement à l’image que l’on peut s’en faire, c’est une institution où il y a beaucoup de débats très ouverts et où beaucoup de latitude est donnée aux cadres », explique le diplômé de l'Essec. L’homme a depuis pris la tête du régulateur boursier, entité qu’il connaissait déjà en qualité de membre du collège de l’AMF -siège pourvu au titre de son poste de sous-gouverneur à la BdF. Et c’est le calendrier qui a poussé le soixantenaire à proposer sa candidature dans une nouvelle entité, certes alliée, mais indépendante de celle qui l'a vu grandir. En effet, alors que le mandat de Robert Ophèle à la banque des banques s’achevait, celui de cinq ans non renouvelable de Gérard Rameix prenait également fin place de la Bourse.
Robert Ophèle a su tirer son épingle du jeu face à la foule de candidats qui souhaitait ravir le poste. Pourquoi ? D’après lui, si son nom a été retenu par le ministre de l’Economie et le Parlement, c’est notamment parce qu’il plaide pour une plus grande homogénéité de la régulation et de la supervision des marchés financiers en Europe. « Il n’est pas admissible que dans un espace unique, on applique les règles et on surveille de manière différente. On peut discuter des règles mais une fois les décisions prises, il faut une application identique », estime Robert Ophèle. Pour ce faire, l’expert voit en l’Esma (Autorité européenne des marchés financiers) une institution à développer, tout en gardant l’information de terrain dans les pays membres. Le rôle de l’Hexagone dans les institutions internationales, comme le conseil de stabilité financière, est également clef, poursuit-il.
Cette évolution dans les modes de fonctionnement n’est pas chose aisée. Si l’union bancaire, qui ne concerne que les pays de la zone euro, avait été rendue nécessaire par la crise financière, les infrastructures européennes n’ont, elles, pas connu de pareil cataclysme poussant les législateurs à agir rapidement. Mais pour Robert Ophèle, le Brexit est l’occasion de remettre les choses à plat. D’ailleurs, une telle homogénéisation pourrait engendrer des opportunités pour l’Europe et pour la France. « Le Brexit nous pousse à nous interroger sur un certain nombre de choses, à revoir la façon dont on s’organise. Il ne faut pas rentrer dans la logique d’un espace où chacun tente d’être le moins disant au niveau réglementaire (…) Avec une supervision unique, les places joueront sur les propres atouts et la France en a beaucoup ».
Pour ce qui est des unions, Robert Ophèle sait de quoi il parle. Ce haut fonctionnaire a en effet apporté sa pierre à la construction de l’union monétaire. Celui qui a débuté sa carrière en planchant sur la nationalisation des banques a également travaillé sur la création de l’union bancaire. « On a le sentiment de ne pas encore être au bout du processus mais beaucoup a été fait pour homogénéiser la supervision bancaire. Cela ne peut pas se faire en un jour», poursuit le technicien. Ce dernier connaît en effet très bien les établissements financiers puisqu’il a été désigné par le gouverneur pour le représenter en tant que président de l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR). D’ailleurs, un mois après sa prise de fonction, il se souvient que le patron du Crédit immobilier de France est venu voir l’autorité pour lui signaler qu’il avait un problème. Et quel problème pour le CIF ! « C’est une première expérience significative. On a géré collectivement au mieux, ce qui aurait pu être une GRAVE défaillance bancaire. » Robert Ophèle, passé donc par de multiples postes, a également une bonne vision des marchés puisqu’il a été directeur des opérations à la BdF pendant la crise de 2009. Son parcours financier, mais pas purement marchés, pourrait ainsi ouvrir des perspectives à l'AMF.
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