Warren Buffett se choisit (enfin) deux successeurs
« Un mouvement vers la succession à terme. » Du bout des lèvres, Warren Buffett a confirmé et officialisé son plan de succession à la tête de Berkshire Hathaway. Ce mercredi, la firme d’investissement cotée a annoncé la nomination de deux vétérans de la firme au rang de vice-chairman : à 66 ans, Ajit Jain prendra la tête des activités d’assurance tandis que Gregory Abel, 55 ans, est nommé responsable des activités hors assurance. Ces deux professionnels étaient pressentis pour assurer la relève : Ajit Jain est entré chez Berkshire Hathaway Insurance en 1986 - soit il y a 32 ans ! - et était executive vice president de la National Indemnity Company, en charge des activités de réassurance. De son côté, Gregory Abel est arrivé chez Berkshire Hathaway Energy Company en 1992 et officiait comme son chairman et CEO. A 87 ans, Warren Buffett, toujours bon pied bon œil, ne compte pourtant pas prendre ses distances : il reste chairman et CEO du groupe, tandis que Charlie Munger 94 ans, continue comme vice-chairman. La société a également élargi la composition du conseil de 12 à 14 membres, pour intégrer les deux nouveaux dirigeants.
Il s’agit d’une demi-surprise pour la communauté financière, dans la mesure où l’oracle d’Omaha a déjà indiqué avoir donné ses souhaits de succession à son board et que les deux investisseurs étaient pressentis pour prendre les rênes de Berkshire Hathaway. Fondée en 1950 et rachetée en 1962 par Warren Buffett, qui a tiré parti des primes issues des compagnies d’assurance pour investir dans tous les pans de l’économie américaine, la firme a participé à des opérations emblématiques ces dernières années, comme la recapitalisation de Goldman Sachs en 2008, l’acquisition du groupe de chemins de fer Burlington Northern Santa Fe pour 44 milliards de dollars l’année suivante - la plus grosse opération de son histoire - ou encore la reprise des ketchup Heinz aux côtés de 3G Capital en 2013, qu’il fusionnera avec Kraft en 2015 mais échouera à le marier avec Unilever pour 143 milliards de dollars, début 2017. La tenue de l’AG des actionnaires, qui a lieu tous les ans lors d’un week-end à Omaha, est devenue célèbre en tant que grand-messe, où l’affable investisseur partage ses vues sur les marchés et l’économie américaine.
Et la firme est au firmament en Bourse : le titre Berkshire Hathaway a pulvérisé le seuil des 300 000 dollars ces derniers jours, et pèse aujourd’hui plus de 500 milliards de dollars en Bourse. Et fidèle à son optimisme, Warren Buffett considère que le marché recèle encore un fort potentiel de hausse, notamment grâce à l’impact de la réforme fiscale. « La loi fiscale est un facteur énorme en termes de valorisation », a-t-il déclaré. « Je pense que les 21% (le nouveau taux d’impôt sur les sociétés, contre 35% auparavant, ndlr) n’étaient pas intégrés. C’est une réduction très forte ». Selon les estimations de Barclays, la valeur comptable de Berkshire Hathaway bénéficierait d’un coup de pouce de 37 milliards de dollars grâce au nouveau texte de l’administration Trump… De son côté, l’oracle d’Omaha, qui s’est déjà plaint de ne pas payer assez de taxes, s’est engagé à donner 99% de sa fortune en titres de sa firme à des associations philanthropiques, par le biais de la Gates Foundation.
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