Trump choisit un économiste en chef en désaccord avec lui
La réaction de Jason Furman, l’ancien chairman du Council of Economic Advisers de Barack Obama, sur les rumeurs de son successeur pourrait en étonner plus d’un. Il a ainsi déclaré sur Twitter : « Si cela est vrai, il est un excellent choix. Il est engagé dans la recherche et ouvert au dialogue, et il comprend la politique ». Cela en dit long sur la surprise qu’a provoquée la nomination de Kevin Hassett à la tête de ce conseil d’économistes auprès du Président. Cet économiste conservateur a été conseiller du département du Trésor sous les administrations Clinton et Bush Junior, et est notamment connu pour avoir coécrit le livre « Dow 36.000 » en 1999. Il y estimait que les marchés actions étaient nettement sous-évalués et que le Dow Jones pourrait atteindre les 36.000 points d’ici à quelques années, mais ses prévisions ont échoué avec l’éclatement de la bulle Interne puis la crise financière (le Dow est aujourd’hui à 20.600 points). Il était récemment directeur des politiques économiques à l’American Enterprise Institute, un think tank conservateur.
Kevin Hassett est un économiste de renom, dont les vues tranchent avec le discours de campagne de Donald Trump. Comme nombre de ses pairs, il est ainsi un adepte du libre échange : « le succès des Etats-Unis n’est pas venu de ses ressources naturelles ou de sa large population mais de son système de marché libre. La libéralisation des échanges – à travers des accords multilatéraux, régionaux ou bilatéraux – est un ingrédient clé dans la recette pour la prospérité », écrivait-il en 2003. Il s’est montré en particulier partisan de la suppression des subventions agricoles, qui sont défavorables aux pays en développement, et a regretté l’échec du sommet de Doha sur le sujet. L’homme est donc en opposition avec Peter Navarro, nouveau responsable du Conseil du Commerce Extérieur et un féroce protectionniste.
Par ailleurs, Kevin Hassett est favorable à l’immigration, dont il considère qu’elle apporte de la croissance économique. Il a souvent critiqué les vues hostiles à l’immigration des Républicains et en 2013, il avait d’ailleurs écrit un article invitant le pays à doubler le nombre de ses immigrés. De telles positions sont en nette contradiction avec les discours de Donald Trump, qui a promis pendant la campagne de déporter les immigrés illégaux, comparés à des voleurs qui prennent les emplois des Américains, et de construire un mur à la frontière avec le Mexique. Cette nomination a déclenché la furie des supporters du Président et notamment du média ultra-conservateur Breitbart News, qui a fustigé un économiste « corporatiste », ou encore d’Infowars, qui clame « on nous a vendu une fausse liste de courses ».
Pour les défenseurs de l’immigration, l’économiste pourrait être un contrepoids bienvenu et encourager une politique plus souple en matière d’immigration. Ce mercredi, un groupe de 1.470 économistes a publié une lettre ouverte au Président et aux leaders du Congrès, expliquant que les bénéfices de l’immigration l’emportent sur son coût, et les pressant d’adoucir leurs vues sur la question. Enfin, il s'est montré ouvert à la possibilité d'une taxe carbone, considérée comme une meilleure alternative que le trading des émissions carbone, tandis que le nouveau gouvernement veut remettre en cause ses engagements en matière de climat.
Pour autant, Kevin Hassett présente aussi des opinions type d’un Républicain, notamment à travers un avis très favorable aux réductions d’impôts, accusés de peser sur les salaires. Mais quoi qu’il en soit, son poids dans la nouvelle administration reste à déterminer. Donald Trump a déjà montré son scepticisme sur les publications d’économistes et a décidé de rétrograder la place de ce conseil d’économistes, qui ne fait plus partie du cabinet présidentiel.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

