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Colette Neuville pointe du doigt la présence de Denis Ranque au conseil de Saint-Gobain

La présidente de l'Adam, qui s'est confiée à WanSquare, se demande comment le président du Haut Comité de gouvernement d'entreprise qui s'est notamment manifesté dans le dossier Michel Combes peut être au conseil d'un groupe en butte avec un grave problème de gouvernance.
Colette Neuville
Colette Neuville

La bataille que se livrent les actionnaires, les salariés et le management de Sika contre Saint-Gobain ne faiblit pas. Ce matin encore, les principaux fonds investis dans la société suisse (dont Cascade Investment, The Bill and Melinda Gates Foundation, la fondation de Bill Gates, Trust, Fidelity Investments et Columbia Threadneedle Investments) ont adressé une lettre au président de Sika, lui renouvelant leur soutien et réitérant leur opposition « la plus ferme » à la transaction envisagée entre Saint-Gobain et la famille Burkard.

A l’approche de l’Assemblée Générale qui se tiendra le 12 avril à Baar en Suisse, il est une autre voix qui se fait entendre pour se poser des questions : Colette Neuville. La patronne de l’Adam se demande en effet comment se fait-il que l’on retrouve dans le conseil d’administration de la firme dirigée par Pierre-André de Chalendar, le président du Haut Comité de gouvernement d’entreprise, Denis Ranque. « Cet organe est là pour propager les bonnes règles de gouvernance édictées par le code Afep-Medef, organe instauré pour donner le la lorsque les voies légales ne sont pas possibles. Comment peut-il concilier une telle tâche avec le fait d’être au conseil d’un groupe qui ne respecte pas la volonté d’une large majorité d’actionnaires totalisant 84% du capital de l’entreprise ? », lance-t-elle auprès de WanSquare. Rappelons, en effet, que le Haut Comité de gouvernement d’entreprise s’est notamment manifesté lors du départ de Michel Combes d’Alcatel Lucent, lui reprochant de toucher des indemnités de départ trop importantes. 

Et de demander, dès lors, ce que l’on peut qualifier de bonne gouvernance lorsque l’on est impliqué d’une telle façon dans une entreprise en butte avec des principes aujourd’hui remis en cause. « Je suis favorable aux droits de vote double, mais pas à une situation où avec 16% du capital d’une entreprise, on possède plus de 52% des droits de vote, et ce, d’autant plus qu’à l’origine, cet arrangement avait pour but de permettre aux entreprises suisses de rester entre les mains d’actionnaires locaux alors que Saint-Gobain est de droit français ». Mais peut-être que Denis Ranque fait-il justement entendre sa voix lors des réunions du conseil pour rappeler les principes de bonne gouvernance et son point de vue sur le sujet. Rappelons que Denis Ranque (64 ans) est parallèlement président du conseil d’administration d’Airbus, administrateur de CMA CGM, de Scilab Enterprises, président du conseil d’administration de la Fondation Paris Tech et de l’Ecole Polytechnique. 

Pour Colette Neuville, ce cas de figure ne s’apparente pas à un contrôle de fait car lorsqu’un actionnaire minoritaire s’arroge la direction d’une entreprise, en assemblée, les actionnaires majoritaires, s’ils se mobilisent, peuvent faire basculer les équilibres et instaurer une nouvelle direction. Dans le cas présent, la majorité des actionnaires, opposée au projet d’une minorité ne peut faire entendre sa voix.

Saint-Gobain est manifestement prêt à prendre son temps dans cette affaire puisqu’il a repoussé d’un an la deadline des négociations. La justice suisse aussi car elle fait largement traîner le dossier en longueur, les différentes actions menées par les fonds actionnaires et le management de Sika étant régulièrement repoussées. Ces reports ne sont bons ni pour Saint-Gobain qui, durant ce temps, mobilise du temps et de l’argent sur ce dossier hypothétique, ni pour Sika qui monopolise toute son énergie pour se défendre.

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