Les entreprises doivent réaliser des acquisitions dans le numérique pour prospérer
En début d'année, une étude assez alarmiste publiée par le lab de Bpifrance et réalisée auprès d'un peu plus d'un million de PME françaises signalait qu'une entreprise sur cinq serait condamnée à disparaître si elle ne se mettait pas à l'ère du numérique. Un constat, dont les dirigeants internationaux interrogés cette fois-ci par EY dans une étude publiée ce matin, sont bien conscients : selon cette enquête menée par le cabinet de conseil auprès de 900 CEO d'entreprise issues de neuf secteurs industriels, 90% d'entre eux ont fait de la transformation digitale l'une de leurs priorités en termes de budget. Soit via des investissements en interne soit via des projets de rachats dans le secteur du numérique justement. "A l'avenir, seules celles qui seront capables de réaliser des M&A dans le domaine du numérique sur une période durable pourront prospérer", affirme ainsi Tony Qui, global chief digital officer chez EY. 74% des dirigeants interrogés ont d'ailleurs affirmé regarder à l'extérieur de leur entreprise pour croître dans le digital, même si 22% envisagent pour le moment de réaliser des partenariats stratégiques dans le domaine, plutôt que de racheter directement les entreprises qui les intéresseraient.
L'étude souligne également que les entreprises les plus innovantes en matière de digital sont celles dont le PDG est lui-même moteur du changement et pilote toute la stratégie de transformation numérique. Pourtant, une majorité des entreprises interrogées dit avoir laissé le soin à son département fusions/acquisitions d'identifier les secteurs et sociétés susceptibles de les aider à réaliser leur transformation numérique. Or, selon les auteurs de l'étude, c'est seulement en mettant en place un écosystème complet autour du digital que les entreprises réussiront à s'adapter suffisamment rapidement à la révolution numérique. "Il est impératif pour les entreprises de développer une vision digitale future et complète du groupe et mettre les décisions d'investissement en adéquation avec cette vision. C'est cette ligne directrice holistique qui permettra de faciliter les processus d'intégration", affirmé ainsi Yannick de Kerhor, associé EY.
Les dirigeants interrogés ont néanmoins affirmé qu'ils étaient pour le moment confrontés à un certain nombre de challenges les empêchant de réaliser des deals dans le secteur : les CEO ont notamment cité la difficulté à trouver des experts dans le domaine, capables de comprendre les enjeux du secteur, ou encore le manque d'outils adaptés pour évaluer le retour sur investissement des cibles visées. Près de la moitié des CEO ont ainsi affirmé que leurs processus de due diligence n'étaient pas adaptés aux transactions dans le domaine du digital. Une majorité a donc établi des critères supplémentaires, tels que la data diligence (quels sont les mécanismes de protection des données de l'entreprise visée), ou le code diligence (la cible possède-t-elle un système de codage sur mesure) pour les aider dans leurs décisions d'investissement.
L'étude révèle également qu'une fois que le deal est réalisé, le processus d'intégration d'une entreprise numérique est un peu différent de celui d'une opération de M&A traditionnelle et est donc parfois plus réussi. Si les entreprises échouent à intégrer la pépite rachetée, c'est souvent pour des raisons de choc des cultures, estiment les auteurs de l'enquête. Qui recommandent donc d'adapter l'ancienne structure de management et de faire en sorte que l'esprit digital de l'entreprise achetée infuse dans l'ensemble de la nouvelle structure regroupée. Autre facteur d'échec d'une M&A dans le numérique, le fait que les dirigeants sont trop centrés sur leur volonté de ne pas perdre de clients post-M&A, plutôt que de chercher à découvrir de nouveaux marchés ou prospects. Seules 24% des entreprises interrogées se sont ainsi dites confiantes quant à leurs capacités à conserver leurs clients actuels. Le succès de l'intégration dépendra donc du degré de préparation de l'entreprise et de son agilité face à ces champs des possibles, qui leur permettra de "partir à l'assaut de pans entiers de l'activité économique", conclut Yannick de Kerhor.
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