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Presse US : « Macron ne négocie pas avec ses opposants, il les désarme »

La presse américaine est médusée par le style du Président français. Si le New York Times est abasourdi par ses critiques acerbes envers la presse lors de ses vœux, le Wall Street Journal oppose sa vision totale du pouvoir avec le consensus de ses prédécesseurs. Son voyage en Chine est essentiel pour prendre un leadership laissé par les US et l’Allemagne.
Emmanuel Macron
Emmanuel Macron

Après plusieurs mois d’amour platonique, la presse américaine semble petit à petit ouvrir les yeux sur la réalité du pouvoir sous Emmanuel Macron. C’est en tout cas ce qui ressort des derniers éditoriaux du New York Times comme Wall Street Journal, qui ont analysé sous deux angles différents le style très omnipotent, jupitérien faut-il dire, du Président français. Tout d’abord, le quotidien new yorkais rend compte des vœux – ou plutôt des uppercuts- adressés par le Président français à la presse. « Macron ouvre l’année en n’arrêtant pas ses coups pour les journalistes, ou n’importe qui », titre le New York Times, qui relève que le Président français a profité de cette tradition des vœux à la presse pour lui « faire la leçon ». « Vous avez besoin de nouvelles règles, des principes, un code d’éthique. Et vous accordez trop d’importance aux citations off, quand c’est la déclaration officielle qui compte », a-t-il asséné selon le journal, qui juge que « la remontrance était osée ». Mais qui relève aussi que « pour le moment, il est le maître incontesté de la politique française et sa confiance absolue – son arrogance, selon les critiques – est téméraire quand il s’agit du journalisme, du code du travail, de l’immigration ou de quoi que ce soit d’autre ».

Il annonce de nombreux chocs pour les Français, mais s’en sort pourtant très bien, note le New York Times : « les manifestations contre lui sont rares et petites, l’opposition est faible, et la majorité de novices politiques au Parlement ne fait que répéter les mots du leadership comme des ‘chiens de Pavlov’ ». Tout le vocabulaire du Président a un seul message : « l’accent des mots est mis sur la force. La marque de fabrique du Président jusqu’à présent – et ce qui est promis dans les prochains mois dans deux grands domaines, l’emploi et l’immigration – est son inflexibilité ». Qui ne peut s’empêcher de faire remarquer que « pour ses critiques, cette détermination bascule parfois dans le dédain ». Ce ton adopté envers la presse est d’autant plus ironique, relève le New York Times, que ce dernier doit son ascension à la presse, qui a sorti le scandale impliquant son adversaire François Fillon et lui a coûté une probable victoire. Enfin, « pour couronner le tout, il a annoncé une nouvelle, même si redondante, loi anti-‘fake news’ qui n’est pas vraiment le style des professionnels rassemblés dans la salle, et déjà adressée par les statuts », s’indigne le journaliste, qui témoigne d’une assemblée qui s’est sentie «abandonnée, ou même trahie ».

Si le ton est moins sentimental, le Wall Street Journal se livre lui aussi à son analyse du pouvoir sans partage sous l’ère Macron. « Les Présidents français agissaient comme des arbitres. Puis est arrivé Emmanuel Macron », titre l’article, qui relève que « huit mois après son arrivée au pouvoir, il pratique l’exercice du pouvoir sans entraves au centre de sa présidence ». Et de le comparer à ses prédécesseurs qui, à l’instar de Chirac et Hollande, ont «joué le rôle d’arbitre dans la démocratie française. Ils ont gouverné par consensus, réglant les conflits au sein du Parlement, faisant tourner les cabinets pour refaire des alliances politiques ou intervenant pour calmer les protestations de rue». Rien de tel avec Emmanuel Macron : « il ne négocie pas avec ses opposants, il les désarme », tranche le journaliste.

Il a affaibli l’opposition de droite en nommant des lieutenants dans son gouvernement, a évincé des adversaires dans son camp en choisissant des fidèles et a suscité la division chez les syndicats qui organisent les grèves », liste le journal, qui constate que cela « lui a permis de passer un «’blitz’ de mesures économiques, qui facilite les embauches et licenciements, et modifie la taxe sur la fortune ». Le but est de changer l’image de la France, « promouvoir les fonceurs comme l’est cet ancien banquier d’investissement. Une force de travail mobile et de preneurs de risques, est mieux armée pour survivre à une ère de disruption économique que celle définie par les syndicats et la lutte des classes». Ce style direct et sans concessions a pour l’instant fonctionné puisque sa cote de popularité a largement remonté à 52% en décembre, après un trou d’air pendant l’été. Mais beaucoup critiquent ses mesures qui vont à l’encontre de la traditionnelle protection des salariés, ce qui lui a valu le surnom de «Président des riches », qu’il n’a pas vraiment combattu, relève le journal. Pour preuve, la réception au château de Chambord à l’occasion de ses 40 ans.

Dans ses négociations avec les syndicats sur la réforme du travail, il a encore innové en convoquant chacun plutôt que d’organiser une grande réunion de travail collective. « Le format a créé un dilemme du prisonnier, où chaque dirigeant essayait d’obtenir un deal avec le Président sans savoir ce dont  discutait l’autre » et sans savoir quelle serait la teneur du décret avant son officialisation. Une manoeuvre de division des syndicats sous couvert de négociations : une habile campagne de communication, juge le New York Times.

Enfin, le premier voyage d’Etat d’Emmanuel Macron en Chine sera crucial pour asseoir sa stature internationale, selon CNBC, qui s’amuse du cadeau inhabituel fait au Président Xi Jinping, un cheval de la Garde Républicaine appelé Vésuve. Le média américain relève les sujets importants, comme le fait que les autorités chinoises ont levé l’interdiction sur certains fromages en octobre dernier. Et de citer l’investisseur et auteur David Baverez : « Macron doit se présenter non comme le Président français mais comme celui qui veut reconstruire l’Europe. Et pour cela, redéfinir sa relation avec la deuxième (et bientôt, au 21ème siècle, la première) puissance mondiale ». Le timing et les marges de manœuvre jouent en faveur du locataire de l’Elysée : « son aurte message disruptif doit être la redéfinition de la réciprocité. Le 21ème siècle devrait être celui pour construire la confiance entre Europe et Chine, car les Etats-Unis sous Trump ne vont pas le faire avec la Chine, c’est sûr ». Il bénéficie d’un boulevard en Europe, entre le Brexit et l’absence de gouvernement en Allemagne.

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