"Macron est-il vraiment un héros des temps modernes"?
Le site internet du Welt revient sur les premiers mois de la présidence Macron et se demande s'il est "le héros des temps modernes". Dans un long article dédié au chef d'Etat français, le média cite tout d'abord les propos d'Emmanuel Macron dans son interview au quotidien allemand Spiegel, où le président a donc affirmé qu'il fallait de "l'héroïsme politique", et restaurer une démocratie "qui fasse rêver ses citoyens"; "des propos tellement pleins d'effusion qu'on croirait entendre en fond les trompettes d'un poème symphonique de Richard Strauss", plaisante ainsi le journaliste en introduction.
Selon lui, le jeune président français a endossé le rôle de héros politique avec enthousiasme, quitte à concevoir un décor et une scène conformes à ce nouveau statut. "Son modèle est Bonaparte, le décor l'Elysée, le Louvre et les Champs Elysées et même sa femme Brigitte joue un rôle crucial dans cette mise en scène", explique ainsi le journaliste, citant notamment la mise en scène politique du président lors de la soirée électorale au Louvre. Le journaliste revient ensuite sur l'interview de Macron accordée à la presse allemande, après avoir inauguré la foire du livre à Francfort avec Angela Merkel. "Le président a souligné lors de l'entretien qu'il était particulièrement intéressé par les auteurs français 'de l'autre côté de la Méditerranée'. Une affirmation politique pour rappeler aux lecteurs allemands que la Méditerranée et les anciennes colonies constituent encore une sphère d'influence privilégiée pour la France", estime le journaliste.
Car, selon die Welt, Macron est en fait un gaulliste et il ne faudrait pas se laisser berner par sa soi-disant sympathie "presqu'amoureuse" à l'égard de l'Allemagne. "Lorsque Macron ne cesse de répéter que la France est la seule puissance nucléaire européenne à avoir un siège permanent au Conseil de l'ONU et qu'elle reste donc une puissance mondiale, c'est toujours en référence à la taille et la position de l'Allemagne", estime le chroniqueur allemand. "L'affirmation de soi sur la scène diplomatique est toujours dirigée contre l'Allemagne". Et si Macron s'enorgueillit de ses bonnes relations diplomatiques avec des personnalités difficiles, telles que Trump (convié le 14 juillet à Paris) ou Poutine (à Versailles), "c'est uniquement pour prouver aux autres pays de l'UE à quel point un président français est capable de diplomatie", estime le journaliste. Qui estime enfin que le plus impressionnant de ce début de mandat est le rythme des réformes mises en place, qui démontre ses compétences en politique intérieure. Selon le média, si Macron réussit aussi bien sur la scène internationale qu'intérieure, il pourrait effectivement être considéré comme le "héros politique" de l'Europe.
Le Handelsblatt revient pour sa part sur les bons chiffres du PIB français publiés ce matin, estimant qu'avec un tel acquis de croissance, "le PIB pourrait même dépasser les 1,7% visés par le gouvernement". Une bonne nouvelle pour le président qui "pourra plus facilement réduire son déficit budgétaire".
Côté business, le site du Frankfurter Allgemeine Zeitung s'attarde sur le rapprochement entre la société de logements sociaux allemande Vonovia et la SNI française. Un partenariat risqué selon le quotidien, tant les deux entreprises sont différentes. "Certes les deux société ont la même taille avec leurs 350.000 appartements et puisent toutes deux leurs racines dans le logement social. Mais presque tout le reste est différent", entame ainsi le quotidien. Vonovia est cotée en Bourse et figure même dans le principal indice boursier allemand Dax, tandis que la SNI appartient à la Caisse des Dépôts. Plus de la moitié des employés de Vonovia sont des artisans ou des jardiniers, tandis que la SNI confie ce travail à des entreprises extérieures. Vonovia a peu d'expérience dans la construction résidentielle jusqu'à présent, alors que SNI construit environ 10.000 appartements par an..."
Mais c'est justement en raison de ces différences que les deux entreprises se sont associées, selon leur PDG respectif. Rolf Buch veut ainsi apprendre de la SNI pour construire à grande échelle et réaliser des économies de coûts, tandis que les deux patrons comptent "échanger sur la numérisation et l'efficacité énergétique". Buch n'exclut pas non plus un lien capitalistique entre les deux sociétés, mais souligne que ce n'est pas un objectif actuel, poursuit le média allemand.
Selon le quotidien, cet accord est innovant car les sociétés de logements sociaux sont généralement concentrées sur leurs marchés domestiques, chaque pays ayant des caractéristiques propres en matière de défense des locataires et de protection des propriétaires. "Aller à l'étranger est donc risqué et difficile pour une entreprise de logement social". Mais, selon le Handelsblatt, le patron allemand a réalisé "un choix judicieux" en optant pour la France comme premier pays avec qui s'associer pour étendre ses activité. "Emmanuel Macron veut développer le marché du logement. Jusqu'à présent, environ 40 milliards d'euros de fonds publics y sont distribués chaque année, mais 4 millions de Français sont encore mal logés. Si Macron réussit à faire construire autant de logements que prévu, il pourrait avoir besoin de l'aide d'acteurs privés, et une vague de privatisation pourrait se produire en France, semblable à celle de l'Allemagne au début du millénaire". Le partenariat avec la SNI pourrait donc être finalement très intéressant pour Vonovia.
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