éditorial
L'éclatement de la zone Euro n'est plus tabou chez les politiques
par Yves de Kerdrel
Le scénario d'une sortie de la Grèce revient désormais de plus en plus souvent dans les milieux politiques. François Fillon ne cache pas son inquiétude. Et la droite redoute un retour en force de Marine Le Pen.
11/09/2011 - 07:54

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L'article le plus lu, la semaine passée, par les décideurs, les banquiers, les investisseurs voire même les politiques ne se trouvait pas, exceptionnellement, dans le Figaro, Le Monde ou Les Echos, mais en page 2 du Canard Enchainé. Le journal satirique y expliquait pourquoi, l'Elysée ne se faisait désormais plus guère d'illusion sur la capacité de l'Euro à passer la fin de l'année, au moins dans la composition actuelle de l'Union monétaire européenne. Deux scénarios sont évoqués au Chateau. Le plus "soft" serait l'abandon de la Grèce. Une hypothèse de plus en plus évoquée par des politiques d'Europe du Nord. Ou bien, une sortie du mark, si l'opinion publique allemande se durcit, et si Angela Merkel continue à subir des défaites à l'occasion de chaque élection régionale.
La Chancelière allemande joue, comme toujours, double jeu. Hier, elle appelait ses concitoyens à la patience vis-à-vis de la Grèce. Mais le même jour, on apprenait de sources bancaires, qu'elle avait chargé une partie de son staff d'élaborer un plan de sauvetage ou d'accompagnement des banques, en cas de défaut aggravé d'Athènes. Cela montre à quel point la responsable de la première puissance européenne a peu de confiance dans le plan de sauvetage de 159 milliards d'euros mis au point lors du sommet de Bruxelles, le 21 juillet dernier.
UN MINI KRACH A VENIR ?
Ce climat d'incertitude a lourdement pesé sur les valeurs bancaires au cours des toutes dernières séances. Mais, c'est surtout le grippage du marché interbancaire qui a entrainé la chute sévère de la Société Générale, dont la capitalisation boursière n'est plus que de 13,5 milliards d'euros (à comparer à 28 milliards pour Hermès !). En fin de semaine, les dépôts faits par les banques auprès de la Banque Centrale Européenne ont atteint le niveau record de 175 milliards d'euros. Deux banques françaises, qualifiées de systémiques, seraient dans une situation de stress de liquidités.
Ces éléments ajoutés à l'absence complète de résultat du G7 des ministres des finances et à la démission de l'économiste de la BCE devraient continuer à tirer le marché à la baisse au cours de la semaine à venir. Plusieurs de nos interlocuteurs habituels parlent même de "mini-krach". Tout dépendra de l'évolution des valeurs bancaires. Un secteur où la tension est telle, que les dirigeants de M6 ont reçu de fortes pressions afin de déprogrammer une émission de Capital sur les banques et la crise, finalement diffusée ce soir, à 20 h 45.
FILLON TRES INQUIET
Dans cet environnement monétaire et financier plus que troublé, droite et gauche ne semblent pas prendre conscience de tous les risques qui pèsent, de facto, sur la conjoncture, mais aussi sur la solidité du système financier. Seul François Fillon marque sa très grande inquiétude, auprès de ses visiteurs. Celui qui déclarait, dés 2007, qu'il gérait un "pays au bord de la faillite" redoute que la droite soit balayée sur le plan électoral, si la zone Euro vient à éclater. Il explique aussi que ce serait, par défaut, une victoire pour Marine Le Pen. Victoire qu'elle mettrait à profit lors des présidentielles.
C'est dire si tout cela amène à relativiser les sondages publiés ces derniers jours la plaçant autour de 18 %, et actant une nette remontée de Nicolas Sarkozy. D'autant qu'au centre les ambitions se multiplient avec François Bayrou et Jean-Louis Borloo qui sont crédités chacun de 6 à 8 % des intentions de vote, et sur un autre registre, Dominique de Villepin et Hervé Morin. Le patron du parti radical multiplie les initiatives afin de pousser François Bayrou à abandonner la partie. Mais ce dernier est plus que jamais déterminé à aller jusqu'au bout, quel que soit son score, et quels que soient les coups à prendre.
HOLLANDE CREUSE L'ECART
A gauche, le paysage devient beaucoup plus simple, tant l'avance de François Hollande est désormais très nette, à la fois dans les sondages, mais surtout dans les fédérations. Le décompte des régions, dont les présidents sont désormais derrière l'ex-Premier Secrétaire du Parti Socialiste l'assure d'un écart très favorable par rapport à Martine Aubry. En outre depuis quelques jours, ses proches avouent eux-mêmes, qu'elle commence à perdre pied. L'affaire Guérini lui colle à la peau, comme un sparadrap. Et son autoritarisme passe de plus en plus mal. D'où le clash qu'elle a provoqué lors d'une émission sur BFM TV, la semaine passée, avec Olivier Mazerolle.
Mais le député de Corrèze ne veut pas être considéré dés maintenant comme le vainqueur d'une primaire dont le second tour a lieu dans plus d'un mois. Ce week-end, il se prépare donc de manière intensive, avec toute son équipe, pour le premier débat télévisé opposant les six candidats, qui aura lieu jeudi prochain sur France 2 à 20 h 35 et qui sera arbitré par David Pujadas. Mais d'ores et déjà, le déballage de petites phrases émanant de Ségolène Royal ou de Martine Aubry, montre bien à quel point il sera difficile au candidat désigné le 16 octobre de panser les plaies et d'éviter la mise en marche de la machine à perdre.
LE PAF DANS TOUS SES ETATS
De son coté Nicolas Sarkozy entend toujours capitaliser sur deux sujets qui marquent les français. D'une part son autorité internationale avec, à la clé, un prochain déplacement en Libye. D'autre part l'adoption du plan de rigueur. En principe la paix est faite avec Jean-Pierre Raffarin sur les parcs d'attraction, bien qu'il l'ait à nouveau traité d'irresponsable lors du petit-déjeuner de mardi dernier. Mais si Nicolas Sarkozy a été obligé de céder, c'est surtout à cause de Jean-François Copé et de Christian Jacob, qui tiennent le parti et le groupe parlementaire et qui sont tous deux des élus très proches d'Eurodisney. Sur le second sujet sensible, la contribution demandée aux revenus les plus élevés, l'arbitrage devrait être rendu dés ce début de semaine en faveur d'un abaissement à 250.000 euros du seuil d'imposition, avec toujours un taux de 3 %.
Dans le monde des affaires, c'est naturellement le rapport du CSA sur la télévision numérique qui est très attendu cette semaine, après la vente-surprise par Vincent Bolloré de ses deux chaines à Canal +. Une opération qui a déchainé les foudres d'Alain Weill, le fondateur de Nextradio (BFM TV), de Jean-Paul Baudecroux (NRJ) et de Nicolas de Tavernost (M6). Chez TF1, on reste plus prudent dans l'attente d'une solution concernant l'avenir de LCI, et l'on se dit que mieux vaut ne pas injurier l'avenir.
En dehors de cela, les banques d'affaires peinent à convaincre leurs clients de sortir de leur attentisme. Tous les industriels n'ont que deux idées en tête : racheter leurs actions décotées par le krach estival, et organiser des simulations pour savoir ce qu'il adviendrait de leur business en cas d'éclatement de la zone Euro.
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