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« Panama Papers » : Y a-t-il vraiment deux façons de voir le monde ?

Le cabinet d’avocats, Mossack Fonseca, au cœur du scandale révélé par le Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ) parle de « crime » et d’ « attaque » contre le Panama, pays qui a fait le choix de la compétitivité. Une réponse pour l’instant plus virulente que celle des dirigeants.
Panama
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Douze chefs d’Etat et de gouvernement, 128 dirigeants politiques et hauts fonctionnaires, 29 des 500 personnes les plus riches du monde, environ un millier de ressortissants français… Le Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ) a encore frappé fort. Après avoir fait la lumière sur l’ampleur des avantages fiscaux accordés par le Luxembourg aux grandes entreprises et sur les systèmes d'évasion fiscale en Suisse -créant une vague d’indignation qui a notamment permis de faire évoluer les pratiques vers plus de transparence-, la presse s'est attaquée aux sociétés écran du Panama. Au total, plus de 11,5 millions de documents ont été passés au crible par 107 médias internationaux, dont le Monde, à partir des données provenant d'une boutique panaméenne, Mossack Fonseca, spécialisée dans la domiciliation de sociétés offshore partout dans le monde. Cette dernière n’a pas manqué de réagir avec virulence aux accusations qui fusent depuis hier.

Il est important de noter que « Panama Papers » et « LuxLeaks » sont des scandales de natures différentes. Le Grand-Duché, qui a dû faire face aux critiques en 2014, fait partie de l’Union européenne et l’actuel patron de Bruxelles n’est autre que celui qui fut son Premier ministre durant 18 ans. Le Panama, lui, n’a jamais eu la prétention de collaborer avec ses homologues et fait même partie des quelques dernières rares zones du globe, comme Bahreïn ou les îles Cook, à ne pas se ranger à l’actuel vent de transparence, imposé notamment par l'OCDE. Néanmoins, le gouvernement du pays d'Amérique centrale a réagi en indiquant qu’il « coopérera vigoureusement » avec la justice en cas d'ouverture d'une procédure judiciaire.

« C'est une attaque contre Panama car plusieurs pays n'apprécient pas que nous soyons très compétitifs pour attirer les entreprises », a indiqué Ramon Fonseca Mora, patron de Mossack Fonseca. « Il y a deux manières de voir le monde : la première est d'être compétitif et la seconde de créer des impôts », a-t-il ajouté. L'homme en a également profité pour qualifier les révélations de la presse de « crimes » et d' « attaques ». De son côté, Le Monde décrit cette firme comme « l’une des clés de voûte du business mondial et opaque des paradis fiscaux ». Néanmoins, le journal concède que les bénéficiaires des montages n’ont pas toujours fraudés. Par exemple, s’ils ont déclaré leurs opérations aux autorités du pays.

Une ambiguïté qui pousse les dirigeants et les politiques à la plus grande prudence dans leurs réactions. Si chacun répète à l’envie que la lutte contre l’évasion fiscale doit être une priorité et qu’il y a toujours des failles malgré les progrès de ces dernières années, les commentaires sont évasifs sur le scandale en question. « C'est du teasing, pour l'instant », a déclaré François Fillon sur France Info, précisant que la fraude fiscale ne laisse jamais de répit. « Il y aura toujours une compétition entre les entités publiques, les fraudeurs et ceux qui les accompagnent », a commenté pour sa part à RTL, Pierre Moscovici, qui est en charge de cette question à Bruxelles. Pourquoi tant de circonspection ? Notamment parce que tous les détails ne sont pas encore connus, mais aussi parce que les lois sont malgré tout en place. C’est surtout leur application qui va demander du temps, de l'implication et de la rigueur.

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