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La bulle du Bitcoin est-elle en train d'exploser ?

Le devise virtuelle a chuté de plus de 50% depuis sont point haut de décembre, et s'échangeait ce matin en baisse de 8%, à 8378 dollars. La montée en puissance des régulateurs pour contrôler le marché ainsi que de nombreux piratages et crash de sites d'échange de bitcoin, ont notamment causé cette dégringolade.
Bitcoins - monnaie virtuelle - illustration
Bitcoins - monnaie virtuelle - illustration

La fièvre du Bitcoin est-elle déjà retombée ? Alors que la reine des crypto monnaies avait atteint un record de près de 20 000 dollars mi-décembre, elle a depuis dégringolé de plus de 50% et s'échangeait aujourd'hui en baisse de 8%, à 8378 dollars. L'ensemble des autres devises virtuelles suit le même mouvement baissier, alors que la liste des facteurs de craintes à l'égard de ces monnaies ne cesse de s'allonger. Si le piratage de plusieurs plateformes d'échanges en fin d'année dernière ainsi que l'interdiction ou du moins la restriction de l'usage du Bitcoin par les régulateurs nationaux en Inde, en Corée du Sud, en Chine ou encore aux Etats-Unis ont contribué à faire dégringoler la devise, la chute récente reflète-t-elle également le début de l'éclatement d'une bulle, qui aura finalement été de courte durée ?

Selon les analystes de Capital Economics, le Bitcoin a en tous les cas tous les attributs permettant de décrire une bulle financière. Sa hausse spectaculaire sur les trois dernières années qui ont précédé le pic de décembre 2017 a ainsi largement dépassé les niveaux de progression observés lors de précédentes bulles, dont celle de la Bulbe de la Tulipe en 1630 ou plus récemment celle de la crise de 1929 et celle de l'internet dans les années 1990. Nombre de régulateurs internationaux et de financiers se sont d'ailleurs prononcés sur le danger du Bitcoin, soulignant que sa valeur n'est adossée à aucun actif réel ou tangible. Ainsi, le président de la BCE a-t-il affirmé à l'automne dernier, au sujet de la décision des Estoniens de lancer l'Estcoin, qu'aucun Etat membre ne pouvait introduire sa propre monnaie, tandis que le gouverneur de la Banque de France lors d'une visite en Chine début décembre a mis en garde contre "le caractère spéculatif" de cette crypto monnaie. "Le bitcoin n'est en rien une monnaie‎, ou même une crypto monnaie. C'est un actif spéculatif. Sa valeur et sa forte volatilité ne correspondent à aucun sous-jacent économique et ne sont la responsabilité de personne. La Banque de France tient à rappeler que ceux qui investissent en bitcoin le font totalement à leurs risques et périls".

Mais qu'est ce qui pourrait réellement déclencher une explosion de la bulle des Bitcoins et sa dégringolade actuelle marque-t-elle le début de la fin pour cette devise virtuelle ? Selon les équipes de Capital Economics, un nouveau tour de vis des régulateurs est l'événement qui risque d'achever les crypto monnaies. Ils citent notamment la chute du Bitcoin de 30% en septembre dernier, après que les autorités chinoises ont décidé d'interdire les levées de fonds en monnaies virtuelles, ou encore son effondrement depuis le début de l'année, en grande partie déclenché par son interdiction en Corée du Sud. "Certes, le Bitcoin a su rebondir après de tels événements, mais les régulateurs risquent d'être de plus en plus sévères et notamment de forcer les traders à révéler leur identité, ce qui pourrait supprimer l'un des principaux attraits liés à l'échange de cette monnaie, l'anonymat", explique ainsi Vicky Redwood, économiste au sein de l'organisme de recherche. Autre facteurs qui pourrait faire exploser la bulle, une attaque de grande ampleur des sites d'échange. En février 2014 déjà, la devise s'était effondrée de 35% en quelques jours après que le site d'échange Mt.Gox a annoncé avoir été piraté. "Mais les éléments déclencheurs de l'éclatement d'une bulle sont parfois totalement imprévisibles et pas du tout liés à la bulle en elle-même", poursuit l'économiste, qui souligne que l'important est d'analyser quel pourrait en être l'impact pour l'économie réelle et les marchés.

La bonne nouvelle est que si la bulle explose dans les prochains mois, les dommages devraient être limités. La capitalisation totale du marché du Bitcoin est en effet trop faible pour représenter une source d'inquiétude : elle représente ainsi 180 milliards de dollars, soit bien moins que la capitalisation du marché de l'or (8000 milliards de dollars) ou même que la capitalisation d'Apple (0,9 trilliard de dollars). En cas d'explosion de la bulle du Bitcoin, les pertes représenteraient l'équivalent de 0,5% du marché actions américain. Par ailleurs une étude réalisée par The Cambridge Centre for Alternative Finance a démontré que le nombre d'utilisateurs actifs de crypto monnaies ne représentait que 3 à 6 millions de personnes, soit moins de 0,1% de la population mondiale. Il n'y a pas non plus de preuve que les acheteurs de Bitcoins se sont endettés pour en acquérir (ce qui constitue l'un des dangers principaux en cas d'explosion d'une bulle financière, comme celle des Subprimes) et l'effondrement des prix n'aura pas d'impact ni sur la confiance des ménages et des entreprises, ni sur les autres valeurs refuges, telles que l'or ou le dollar.

Il vaudrait donc mieux que l'attrait pour les crypto monnaies disparaisse tout de suite, puisque les conséquences économiques et financières ne seraient pas très importantes, concluent les équipes de Capital Economics. Qui estiment que les régulateurs doivent donc redoubler de vigilance, à la fois pour lutter contre le blanchiment d'argent via ce marché et pour mieux protéger les investisseurs contre le risque de piratage. La technologie sur laquelle repose le Bitcoin, la blockchain, est en revanche un instrument qui peut transformer le système financier, en le rendant plus transparent et plus efficient, tempèrent les économistes. Ce que François Villeroy de Galhau n'avait d'ailleurs pas manqué de souligner lors de son déplacement en Chine en décembre. "Le Bitcoin est associé à une technologie utile, celle de la blockchain et des registres distribués (ou Distributed Ledger Technology). La Banque de France, comme d'autres acteurs, expérimente cette technologie innovante".

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