Big Bang chez les spécialistes du crédit conso
La réforme du crédit à la consommation, qui passe aujourd'hui devant l'assemblée nationale, devrait obliger les établissements spécialisés à revoir leur business model.
Les établissements de crédit spécialisés sont en pleine mue. L'assemblée nationale se penche à partir d'aujourd'hui sur la réforme du crédit à la consommation, qui devrait inciter les spécialistes du secteur à délaisser les crédits renouvelables (revolving) pour se tourner vers d'autres catégories de produits.
La loi devrait encadrer davantage les crédits pour mieux protéger les consommateurs et éviter les situations de surendettement : obligation pour le prêteur de vérifier la solvabilité de son client, allongement du délai de rétractation etc. Autant de dispositifs qui vont forcer les établissements à modifier leurs politiques de commercialisation, et augmenter leurs coûts de distribution.
Surtout, la loi Lagarde va modifier les taux d'usure, qui ne seront plus définis en fonction de la nature du prêt mais de son montant. Les crédits les plus importants vont devenir moins rentables. Leur taux pourrait passer de 20% à 21% aujourd'hui à environ 15%. Qui plus est, au-delà d'un certain montant, le vendeur sera obligé de proposer un crédit amortissable plutôt que renouvelable. Résultat : les établissements spécialisés dans le crédit revolving, généralement associés avec des enseignes de la grande distribution (3 Suisses, Galeries Lafayette, Fnac, La Redoute, Carrefour), vont voir leur résultat d'exploitation diminuer sensiblement. "La rentabilité de certains établissements de crédit va baisser de 20 à 30%", affirme Eric Delannoy, du cabinet de consulting Weave.
Le secteur en perte de vitesse a déjà entamé des mouvements importants. Les dernières années ont donné lieu à de nombreux rapprochements : UCB et Cetelem forment désormais BNP Personal Finance, le Crédit Mutuel a mis la main sur Cofidis, Sofinco et Finaref vont fusionner au sein du Crédit Agricole. "Le marché est déjà assez bien consolidé", estime Eric Delannoy. Mais avec la réforme, l'avenir des plus petits acteurs, centrés sur le crédit révolving est menacé. "Il n'est pas sûr qu'ils soient capables de maintenir une activité rentable dans les trois à quatre ans à venir", estime Pierre Blanc, fondateur du cabinet Athling. D'après les estimations de la société, une petite trentaine d'établissements est concernée.
Tous les spécialistes du secteur vont en tous cas faire évoluer leur business model. Ils pourraient se tourner davantage vers le crédit amortissable, mais la concurrence est très rude, notamment de la part des banques. Les établissements pourraient chercher des relais de croissance plus innovants : des produits d'assurance ou des services financiers, comme l'aide au recouvrement de factures impayées, selon Eric Delannoy. Par ailleurs, la loi relève le plafond des crédits à la consommation à 75.000 euros contre 21.500 aujourd'hui. Cette évolution permettrait à certains de se lancer dans d'autres offres, comme les crédits travaux.
© Copyright WanSquare
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite
Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article
À lire aussi

