Tests bancaires : pas d'inquiétude pour les institutions françaises?
Pour que les tests à venir restaurent la confiance des marchés, il faudra que la BCE gère bien sa communication et que l'ensemble des risques soient évalués. Les solutions devront également être présentées.
Afin de restaurer la confiance dans le système bancaire européen, le futur superviseur unique des banques, la BCE, lancera en début d'année prochaine l'examen de qualité des actifs (Asset Quality Review). Si cet exercice, couplé aux stress tests, est devenu nécessaire pour définir les besoins en fonds propres des banques, il constituera le premier grand rendez-vous du régulateur de la zone euro. Et la banque de Francfort ne peut pas se permettre de le manquer. Une mauvaise gestion de la communication ou une sous-évaluation des risques porterait un coup fatal à la crédibilité du gendarme. "On ne fait pas ce genre d'exercices pour le plaisir mais pour lever des doutes. Il n'y a rien de pire pour le marché que d'avoir des doutes, explique Fabrice Asvazadourian, senior partner chez Roland Berger. "Là on vise quelque chose qui soit reconnu par tous (...) c'est une condition de confiance entre les banques, les Etats et les investisseurs extérieurs".
Pour le moment, la BCE prépare le terrain en attendant de prendre officiellement ses fonctions. Ce qui sera le cas, une fois que toutes les institutions du Vieux Continent auront entériné le texte sur le mécanisme de supervision unique (MSU). Actuellement, cinq groupes de travail planchent sur les questions techniques. Le premier s'intéresse à la cartographie des groupes bancaires et le deuxième aux questions de règlement. Les autres se réunissent respectivement autour des questions de méthodologie d'évaluation des risques, des collectes de données et des exercices d'évaluation des actifs. Un groupe plénier, dont fait partie Danièle Nouy, secrétaire générale de l'ACPR pressentie pour prendre la tête du superviseur, chapeaute le tout, qui "avance très bien", selon une source proche du dossier. In fine, ce sera au conseil des gouverneurs de trancher, de manière à ce que tout soit prêt d'ici la fin de l'année. La BCE, qui a mandaté Oliver Wyman pour la conseiller, communiquera sur les modalités d'ici mi-octobre.
L'analyse des bilans va se décliner en trois grandes étapes. Les deux premières, c'est-à-dire l'évaluation des risques et l'AQR (comme celle qu'a connue l'Espagne, par exemple), devraient se tenir début 2014. Il s'agit de s'assurer que les créances sont bien classées et que les banques supportent les risques réels. Viendront ensuite les stress tests -sauf si les régulateurs jugent plus judicieux de combiner les deux exercices pour n'avoir qu'un seul son de cloche en même temps- dont l'Autorité européenne bancaire (EBA) doit encore définir les hypothèses.
Qu'est-ce qui devrait ressortir de l'examen de qualité des actifs bancaires? "Globalement, les banques françaises ne devraient pas être les plus anxieuses par rapport à l'AQR. Le régulateur français est reconnu en Europe pour ses compétences analytiques et la densité de son dialogue avec les banques", commente Fabrice Asvazadourian. Même avis du côté de notre source proche du dossier : les règles de classement des créances n'étant pas les mêmes d'un pays à un autre, des changements sont possibles. Toutefois, sauf surprise, les banques françaises ne devraient pas avoir à faire de nouvelles provisions.
Quels vont être les écueils à éviter? Contrairement aux américains, les régulateurs européens n'ont pas jusqu'à présent su redonner confiance aux marchés. Outre-Atlantique, les gendarmes ont notamment très bien communiqué sur leurs travaux. Alors que les stress tests du Vieux Continent de 2011 ont montré leurs limites en ne prenant pas en compte le risque souverain et les structures de financement des banques. Pour être à nouveau crédibles, les régulateurs vont devoir regarder l'ensemble des risques et l'ensemble des actifs. Ces conditions remplies, des solutions devront être mises sur la table afin de ne pas créer un vent de panique une fois que les besoins en fonds propres auront été identifiés. "L'une des questions sera de définir les mécanismes utilisés pour anticiper le traitement des éventuels déficits de capitalisation, car à chaque fois il faut préparer en parallèle la méthodologie de diagnostic du problème et les briques de solution à assembler", ajoute Fabrice Asvazadourian. Ce qui pourrait prendre la forme d'augmentations de capital ou d'aides d'Etat.
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