Où sont les spéculateurs?
Les auditions de la commission d'enquête sur la spéculation démontrent toute la difficulté des régulateurs à identifier et lutter contre ce phénomène.
Déterminer quels acteurs spéculent contre les intérêts nationaux et européens. C'est l'objectif pour le moins ambitieux que se sont fixés les députés de la commission d'enquête sur "les mécanismes de spéculation affectant le fonctionnement des économies". Les auditions qui ont été effectuées démontrent à quel point il est difficile d'identifier et d'encadrer ces mécanismes.
Première leçon : la spéculation est, à tort, considérée comme systématiquement néfaste. Le président de l'AMF, Jean-Pierre Jouyet, l'a rappelé : "Sans spéculateurs, il n'y aurait pas de marché". Et de faire la différence entre ce qui permet aux entreprises (par exemple sur les matières premières) de se couvrir, et la spéculation frauduleuse (manipulation de cours, diffusion de fausses rumeurs etc). Le président reconnaît cependant qu'il y a une spéculation excessive "porteuse de risques systémiques ou susceptible de porter atteinte à l'intégrité des marchés".
Philippe Mills, le président de l'Agence France Trésor, a aussi mis en garde contre les anathèmes trop rapidement prononcés à l'encontre de certains procédés financiers (ventes à découvert à nu, utilisation de CDS). Selon lui, "ce n'est pas la technique qui fait la spéculation, mais son utilisation". Les spécialistes en valeurs du Trésor, sans lesquels la dette française ne pourrait être gérée, ont sans cesse recours aux "ventes à découvert à nu", permettant d'emprunter au moindre coût.
D'où la difficulté à identifier clairement l'action des spéculateurs lors des différentes crises. La crise grecque, ont souligné la plupart de intervenants interrogés, n'a pas été déclenchée par des spéculateurs mais par l'annonce d'un déficit public deux fois plus important que prévu. Quant à savoir si la spéculation a aggravé le phénomène, l'AMF a tenté de le déterminer. En vain.
Il faut dire que ses pouvoirs viennent tout juste d'être étendus aux marchés des dérivés, avec la loi de régulation bancaire et financière. Mais en l'absence de reporting suffisant et notamment d'un registre centralisé des transactions au niveau européen, les autorités de régulation n'arrivent pas à identifier les spéculateurs excessifs. D'autant que la directive Marchés d'Instruments Financiers de 2007 a cassé le monopole des bourses traditionnelles et complètement fragmenté le marché. Les nouvelles plateformes d'échanges ont massivement investi dans le trading à haute fréquence (THF) qui n'a fait que compliquer le suivi des transactions, et inquiète particulièrement Bercy.
Alors que la régulation nationale est largement dépassée, l'Union travaille sur plusieurs projets d'encadrements des ventes à découvert et des produits dérivés. Cependant, "il n'y aura pas de véritable régulation européenne des marchés tant que la directive MIF ne sera pas revue en profondeur", a insisté Jean-Pierre Jouyet. Le chantier sera lancé en 2011. Spéculateurs et régulateurs ont encore le temps de jouer à cache-cache.
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17/09/2021 - 10:31

