Theresa May durcit le ton sur le Brexit, à une semaine des législatives
Theresa May commence peut être à regretter d'avoir pris le risque d'avancer la date des législatives. Si fin avril, lorsqu'elle décide de tenir des élections anticipées, elle part gagnante avec une bonne longueur d'avance sur les travaillistes (ces derniers étant crédités alors de 23% seulement des voix), l'écart n'a cessé de se resserrer depuis. Et encore plus depuis les attentats de Manchester il y a dix jours, alors que les anglais sont de plus en plus nombreux à penser que les interventions militaires à l'étranger, défendues par Theresa May, favorisent le risque terroriste sur leur propre territoire. Ainsi, selon une enquête d'opinion pour Good Morning England sur ITV, publiée ce matin, le parti conservateur n'est plus crédité que de 43% des intentions de vote, contre 37% pour le Labour, 8% pour les libéraux démocrates et 4% pour le UKIP de Nigel Farage. Après dix jours d'interruption de la campagne post-attentat, la Premier ministre a donc décidé de tout miser sur le Brexit pour les derniers jours de sa campagne. Elle espère ainsi se démarquer du leader Labour Jeremy Corbyn, accusé de ne pas avoir de programme précis sur le sujet.
Dans un discours prononcé cet après-midi dans le West Midland, Theresa May a donc scandé à plus de trente reprises le mot magique de "Brexit", affirmant qu'elle était la seule candidate capable de mener à bien les négociations. Signe de son état d'inquiétude quant au résultat des élections, elle a rappelé en introduction que si elle perdait ne serait-ce que 6 sièges à Westminster, elle devrait céder sa place au leader travailliste. Rappelons que les conservateurs ne disposent pour le moment que d'une majorité de 17 sièges au Parlement, et que la Premier ministre comptait initialement en obtenir 76 supplémentaires à l'issue des législatives. Afin de convaincre les électeurs, cette dernière a donc rappelé que si son opposant travailliste reprenait Downing Street, il devrait, pour gouverner, s'allier aux libéraux démocrates et au parti indépendantiste écossais, tous deux opposés au Brexit. "Seul un vote en ma faveur permettra au pays d'avoir le leadership fort dont nous avons besoin pour sortir la Grande-Bretagne de l'UE", a ainsi affirmé Theresa May.
S'adressant aux "travailleurs" qui ne parviennent toujours pas à accéder à la propriété et "aux laissés pour compte" dont les enfants sont "dans de mauvaises écoles", trop longtemps ignorés par les précédents gouvernements, la Premier ministre a affirmé que le changement qu'ils espéraient ne dépendrait que d'une seule chose : "réussir le Brexit". "La façon dont nous négocierons avec l'UE et les conditions que nous obtiendrons seront déterminantes pour notre pays pour plusieurs générations à venir", a averti Theresa May. "Notre place dans le monde, notre sécurité économique, la vitalité de nos services publics et notre prospérité, tout ce dont notre avenir dépend, se jouera dans les cinq prochaines années", a ainsi martelé la Premier ministre. Si les négociations avec l'UE sont censées durer deux ans, la chef d'Etat britannique estime visiblement que la mise en oeuvre des nouvelles lois et la nouvelle vie du pays post-Brexit, sera bien plus longue, et se prolongera au moins la durée du nouveau mandat de Westminster.
Selon elle, en cas d'échec des négociations, le pays n'aura plus les moyens de financer ses services publics, et en particulier la NHS, déjà dans une piètre situation. Theresa May sait que l'argument a du poids auprès des électeurs de classe plus modeste. Les partisans du Brexit en avaient déjà abondamment usé pendant la campagne pour le référendum, allant même jusqu'à mentir en déclarant que le retrait de l'UE leur permettrait de combler le trou du système de santé publique.
Quel est donc le programme de Theresa May pour mener à bien les négociations ? La Premier ministre a 12 objectifs principaux qui lui serviront de feuille de route au cours des deux prochaines années, notamment transférer dans le droit anglais l'ensemble des "acquis" européens, afin de donner de la clarté à l'ensemble des acteurs économiques du pays. Elle a par ailleurs affirmé que la liberté de circulation dans les deux Irlandes serait maintenue, sujet qui fait bien sûr débat au sein de l'île. Les droits des travailleurs britanniques dans l'UE devront être respectés, tandis que l'immigration sera contrôlée, afin que le pays puisse attirer les talents, a-t-elle asséné. Sur le sujet très controversé du marché unique, Theresa May a confirmé que son pays en sortirait, condition sine qua non pour pouvoir contrôler les personnes arrivant sur son territoire: "nous n'accepterons pas le sacrosaint principe des quatre libertés (...) qui est incompatible avec la volonté des britanniques exprimée lors du référendum". Mais afin de rassurer les britanniques et notamment les entreprises, la Premier ministre a garanti qu'elle négocierait un accord de libre échange, "le plus libre possible pour le commerce des biens et services entre le Royaume-Uni et l'UE".
Le temps presse pour convaincre les derniers indécis, alors que le vote a lieu jeudi prochain, et que les négociations avec l'UE commenceront 11 jours plus tard, le 19 juin. La chef du gouvernement devrait donc mener les derniers jours de sa campagne sur le thème du Brexit à tambours battants, et sillonner l'Angleterre et les différents counties, qui ont massivement voté pour sortir de l'UE.
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