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"Open Banking": les banques vont-elles perdre la main sur leurs données clients ?
Dans à peine deux mois, la deuxième directive européenne sur les services de paiement DSP2 sera applicable et constituera une petite révolution pour le secteur bancaire traditionnel. En effet, selon cette nouvelle directive, les établissements bancaires devront rendre accessibles une partie de leurs bases de données à des tiers, un processus décrit sous le terme "d'open banking". Ce qui signifie que les banques ne seront désormais plus les seuls détentrices des informations concernant les comptes de leurs clients, qui pourront être accessibles à de nouveaux acteurs et en particulier aux Fintech. Nombre de ces Fintechs se sont d'ailleurs déjà engouffrées dans le créneau ouvert par ce changement de régulation, à l'image de Bankin (un agrégateur de comptes bancaires) ou Linxo (une application pour éviter le découvert bancaire). Si la plupart des banques françaises sont prêtes à entrer dans cette nouvelle ère de l'"Open Banking", une partie d'entre elles redoute de perdre la main sur leurs données clients. Ce qui risque effectivement d'être le cas.
Concrètement, comment les banques vont-elles ouvrir leurs informations à un tiers ? Via des plate-formes appelées API (Application Programming Interface). Selon la Revue Banque française, ces outils, qui permettent "à deux programmes informatiques de dialoguer ensemble", sont au centre de l'écosystème que constitue l'open banking : d'un côté donc, la banque expose ses produits et les rend accessibles, et de l'autre une Fintech de type agrégateur peut retirer ces informations bancaires d'un client depuis l'API de l'établissement, et les transmettre à d'autres Fintechs, pour fournir in fine un service sur mesure au-dit client. Ces API permettront donc aux Fintechs de se connecter aux comptes courants des clients des banques pour leur proposer leurs propres services.
Mais cette révolution numérique à laquelle les banques sont donc en train de se préparer, n'est pas sans poser problèmes à plusieurs points de vue. Tout d'abord, qui est réellement propriétaire de ces données et qui est donc responsable en cas d'abus ? L'établissement bancaire pourrait faire valoir un droit de propriété sur ces informations concernant ses clients, estimant que l'accès à son infrastructure ne peut avoir lieu sans contre-partie. Mais si ces données ont été agrégées et sont issues de calculs spécifiquement effectués par les Fintechs à destination de l'utilisateur, alors elles ne pourront a priori plus être considérées comme la propriété des banques. Sachant que les clients sont désormais libres de décider de l'usage qui doit être fait des informations numériques les concernant, depuis la loi pour une République numérique.
Ensuite, d'un point de vue technique, les Fintechs craignent une fragmentation des API, qui les empêche d'accéder aux données de façon fluide et efficace. Certes l'opérateur français des plate-formes de paiement STET, en partenariat avec les six principaux établissements bancaires français, a publié des spécifications et normes communes pour coder ces API et répondre aux exigences précises de la nouvelle régulation européenne. Mais rien n'empêche les banques de créer leurs propres API, en dehors de tout standard, pour garder la main sur les données de leurs clients. L'"open banking" va donc profondément remodeler le paysage bancaire, et devrait entraîner de nombreux chantiers juridiques pour permettre à cette ouverture des données de déployer tout son potentiel de façon sécurisée et ainsi favoriser un service sur mesure pour le client.
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