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Une plainte superflue, comme le luxe

En portant plainte contre LVMH pour délit d'initié et manipulation de cours, Hermès va sans doute un pas trop loin, alors que son capital est désormais bien protégé contre l'appétit du géant du luxe.
La famille Hermès, qui appartient à la haute société protestante, connaît donc bien ces fameuses paroles tirées de l'Ecclésiaste - un livre de l'Ancien Testament particulièrement prisé par l'Eglise Réformée - "Il y a un temps pour tout. Il y a un temps pour la guerre et un temps pour la paix". C'est en tout cas ce que l'on pouvait imaginer maintenant que le capital d'Hermès est placé complètement à l'abri d'une holding familiale, H 51, avec des verrous un peu partout qui mettent le prestigieux sellier à l'abri de n'importe quel prédateur ou actionnaire non désiré. Les différents actionnaires familiaux ont dépensé beaucoup d'énergie, depuis novembre 2010, pour bâtir cette défense capitalistique, pour la faire approuver par les autorités boursières ou pour faire avaler la pilule aux actionnaires individuels. Et de surcroît, ils ont montré que ces questions "périphériques" n'affectaient pas le business, comme en ont témoigné les résultats semestriels. Et voilà que l'hebdomadaire Charlie Hebdo, à paraître demain, révèle qu'Hermès a déposé plainte (il y a un mois et demi) contre le groupe LVMH (nommément cité) pour délit d'initié et complicité, et pour manipulation de cours. Une plainte que le Parquet de Paris étudierait de près à l'heure actuelle. D'autant qu'antérieurement à ce contentieux, l'Autorité des Marchés Financiers avait ouvert une enquête sur les conditions de l'entrée de LVMH au capital d'Hermès. Enquête qui serait aujourd'hui terminée, mais dont le résultat n'est pas connu. Naturellement, le sang de LVMH n'a fait qu'un tour. Le numéro un mondial des produits de prestige a immédiatement répliqué en portant plainte pour dénonciation calomnieuse, chantage et concurrence illicite, accusant de manière implicite Hermès de tenter de faire pression sur l'AMF. Ce nouvel épisode judiciaire est plus que superflu dans cette nouvelle "guerre du luxe". Superflu, car Hermès est bien protégé. Superflu, car LVMH n'a volé à personne le droit de détenir 22 % du capital d'Hermès. Ce qui n'empêche nullement le sellier de prospérer. Superflu, car il y a tant de mieux à faire lorsque l'on travaille dans l'univers de la mode et de la création que de nourrir des avocats et de mener des batailles stériles. Superflu enfin, car lorsque l'on a obtenu ce que l'on souhaitait, il y a un principe qui s'applique, c'est celui que Louis XI devenu Roi avait fort joliment mis en oeuvre en disant à son pire ennemi : "le Roi de France ne venge pas les injures faites au Duc d'Orléans."
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