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Sarkozy, le vice et la vertu

Le Président de la République a eu beau tirer les conséquences de la panne de croissance, il est loin de mettre la France au régime de la rigueur.
La Rochefoucauld avait eu cette formule devenue célèbre assurant que "l'hypocrisie est un hommage que le vice rend à la vertu". L'intervention télévisée du chef de l'Etat, hier soir, est une nouvelle illustration de ce bel aphorisme. Tant le discours de Nicolas Sarkozy, aussi talentueux soit-il, est tout empreint de cette hypocrisie qui caractérise la classe politique française, surtout à l'approche d'échéances électorales. Car, dans un premier temps, le Président de la République a "fait le job" comme disent les américains. Il a enfin expliqué aux français les limites du laxisme budgétaire, les vertus du modèle allemand, les aberrations du désastre grec et les mécanismes qui ont créé cette effrayante crise des dettes souveraines. Ce qui l'a amené à rendre un hommage à la vertu, à la nécessité de remettre les comptes de la France au carré, sans même sombrer dans la tentation facile de dénoncer le pouvoir des agences de notation. Et pour finir, le chef de l'Etat a été à Canossa, avouant que le rythme de 1,75 % de croissance sur lequel est construit le projet de loi de finances pour 2012, était d'ores et déjà passé. Et qu'il valait mieux désormais retenir une hypothèse de 1 %. Le problème, c'est qu'après avoir fait un aussi bon diagnostic, le Docteur Sarkozy s'est refusé à administrer les remèdes nécessaires. Bien sûr, il a convenu qu'il y a avait encore bien trop de fonctionnaires. Bien sûr, il a indiqué qu'il allait continuer à réduire le déficit budgétaire. Bien sûr, il n'a pas exclu une possible hausse de certains taux de la TVA. Mais sans aller plus loin. Sans traiter le patient français "à chaud". Bien au contraire, il a renoué avec cette pratique hexagonale de l'anesthésie en assurant qu'il avait pour priorité de maintenir le modèle social. C'est bien là qu'est le vice. Car nul ne peut plus ignorer que la crise de l'Europe, c'est une crise des Etats providence, une crise de ces pseudo modèles sociaux qui sont tout sauf des modèles. Puisque jamais le chômage n'a été aussi élevé. Jamais le taux de pauvreté n'a été aussi important. Jamais l'analphabétisme n'a autant frappé l'Hexagone. Jamais la contribution financière des français au système de santé n'a été aussi importante. Jamais le chômage des jeunes n'a constitué un tel problème. Plutôt que de rendre hommage à une nécessaire réduction des dépenses publiques, Nicolas Sarkozy a préféré pratiquer de la "calinothérapie", en arborant fièrement ce modèle social dépassé, construit par le Conseil National de la Résistance. Comme l'avaient fait, en leur temps, Jean-Pierre Raffarin, Dominique de Villepin ou Jacques Chirac. Le problème, c'est que la France n'a plus les moyens de s'offrir un modèle social qui tourne à l'envers et qui bride la création de richesses, le travail et l'effort. Moins d'hypocrisie et plus de volontarisme auraient dû l'amener à cette leçon de choses. Au risque de compliquer sa future campagne électorale.
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