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Chassé-croisé sur les routes de la Bourse

Le jour même où Facebook dévoile les conditions de son introduction en bourse, le groupe Benetton, symbole des années 80 dorées, décide de mettre un terme à sa cotation.
On ne peut trouver mouvement plus symbolique. Facebook, société détenue par un jeune américain de 27 ans, a dévoilé cette nuit les conditions de son introduction en bourse sur la base d'une valorisation qui pourrait être proche de 100 milliards de dollars. De facto, ce réseau social, qui n'existait pas il y a huit ans, va devenir d'ici peu la plus grosse valeur du Net. Et tout cela, dans un climat de crise économique, financière et boursière sans précédent ! Au même moment, les actionnaires vieillissants de Benetton ont annoncé à la Bourse de Milan qu'ils allaient débuter les procédures officielles de manière à mettre fin à la cotation du groupe entamée en 1986, lorsque l'entreprise était l'une des plus belles success stories européennes. Leur société familiale, Edizione, désormais reconvertie dans tous les piliers de "la vieille économie", va donc lancer une OPA sur les actions détenues par les actionnaires minoritaires et qui ont chuté de 20 % l'an dernier. Ce chassé-croisé sur les routes de la Bourse pourrait désarçonner plus d'un observateur. Surtout dans une période d'aussi forte incertitude économique. Comme la circulation du sang dans les artères, c'est au contraire un signe de vitalité, de renouveau et de redynamisation des marchés, à l'heure où il est de bon ton de les décrier, de les dénigrer voire de dire que l'on peut s'en passer. Vitalité d'abord, car rien ne pousse Facebook à aller en Bourse, puisque la société est riche d'une trésorerie de près de 4 milliards de dollars. A la différence des sociétés Internet qui se ruaient en Bourse en 2000 pour chercher de l'argent frais, le célèbre réseau social utilise le marché pour ce qu'il est : sa capacité à assurer la liquidité des investisseurs qui lui ont fait confiance au départ, ou depuis 2004. Il n' y a pas cet aspect de "cupidité" propre à la bulle Internet. Et c'est tant mieux ! Renouveau ensuite. Car d'emblée une société comme Facebook, principalement détenue par un jeune homme de 27 ans, va valoir deux fois plus que Boeing. Et c'est ce mouvement schumpetérien qui explique que 19 des 25 plus grosses sociétés américaines n'existaient pas il y a quarante ans. Ce qui est une proportion incroyable. D'autant plus incroyable qu'en France pas une société créée au cours des quatre dernières décennies n'est parvenue à se hisser dans le Top 25 du capitalisme hexagonal ! Redynamisation ensuite. Chaque success story vient avec ses moeurs, bonnes ou mauvaises. L'histoire fait le tri. Benetton avait essayé de moderniser le capitalisme italien fossilisé par les Agnelli et le vieil Enrico Cuccia. Finalement, ils se sont laissés dévorer par eux. Le patron de Facebook promet des règles de gouvernance très strictes et un salaire de un dollar symbolique. Les dirigeants de Google avaient aussi fait des voeux très idéalistes auxquels ils ont vite tourné le dos. Il n'en reste pas moins que si pour certains "éléphants" fossilisés dans les dogmes politiques, la finance reste "un ennemi sans visage", elle conserve une formidable capacité d'adaptation. Par tous les temps. Comme le prouve ce formidable chassé-croisé en Bourse.
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