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La double peine de GDF Suez

L'énergéticien français a fait savoir qu'il était prêt à racheter les 30 % d'International Power qu'il ne détient pas encore. Il faudra qu'il y mette le prix, pour racheter en grande partie des actifs qui étaient les siens il y a seulement 18 mois.
L'opération de rachat d'International Power par GDF Suez, intervenue au cours de l'été 2010, restera sans nul doute comme un cas d'école. Un véritable business case que l'on va étudier longtemps dans les écoles de management, tant il est l'exemple même de la bonne idée très mal mise en oeuvre. A tel point que pour l'énergéticien français, cette transaction est sur le point de se transformer en double peine. Acte 1. GDF Suez s'entend après des mois et des mois de discussions avec les dirigeants d'International Power afin de créer le leader mondial de la production indépendante d'électricité. Une fois rassemblées, les deux entités peuvent présenter au marché un profil de croissance renforcé, grâce à une présence sur des marchés en fort développement comme l'Amérique latine, une exposition accrue aux économies en croissance rapide d'Asie et du Moyen-Orient et surtout un portefeuille équilibré en termes de présence géographique, de mix énergétique (caractérisé par une empreinte carbone réduite) et de types de contrats. Acte 2. Pour mettre en oeuvre le rapprochement, GDF Suez apporte à International Power l'essentiel de ses actifs énergétiques en dehors de France, soit une capacité nette de production de 19,9 gigawatts, auxquels s'ajoutent des projets engagés portant sur 22 gigawatts, un Ebitda de plus d'un milliard d'euros, et une puissance financière accrue. En échange, le 3 février 2011, GDF Suez reçoit 3,55 milliards d'actions International Power, valorisées ce jour là 413 pence, soit 70 % du capital. Acte 3. Ce matin, le groupe français a proposé aux administrateurs d'International Power un projet d'offre sur les 30 % du capital restants sur la base de 390 pence, quelques mois avant que le calendrier officiel ne le permette. Un prix immédiatement jugé très insuffisant par le marché, puisque l'action cote d'ores et déjà 4,5 % au-dessus de ce que propose GDF Suez. Le groupe français a maintenant jusqu'au 26 avril pour maintenir son offre, en changer le prix et surtout la rendre officielle ou bien la retirer ; ce qui l'obligerait ensuite à s'abstenir de tout mouvement pendant six mois. On peut comprendre que le groupe dirigé par Gérard Mestrallet soit pressé de contrôler la totalité du capital de cette filiale. Car c'est elle qui concentre les plus beaux actifs du groupe, son potentiel de croissance avec sa présence dans les pays émergents, et elle génère un cash flow précieux. De fait, le titre International Power attire à lui tous les investisseurs qui avaient l'habitude, il y a un an, de jouer l'énergie à travers GDF Suez. Ce qui explique que l'action du britannique a grimpé de 20 % depuis le début de l'année, alors que celle du français a reculé de près de 10 %. Malgré tout, cette OPA, si elle va jusqu'au bout, va amener en quelque sorte GDF Suez à racheter en grande partie des actifs qui lui appartenaient déjà... de surcroît avec une prime de contrôle injustifiée, puisque le contrôle est dans les mains de GDF Suez. International Power aura donc été payée deux fois. C'est tout l'art des britanniques, surtout quand ils ont, en face d'eux, des groupes français. Voilà pourquoi cette opération restera, à jamais, un cas d'école !
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