Donald Trump, le fantôme qui plane au-dessus de Davos
Alors que Donald Trump a, comme à son habitude, commencé sa journée en envoyant des tweets rageurs envers la chaîne d’information CNN et les instituts de sondage qui le créditent de seulement 40% d’approbation, les dirigeants du monde entier se sont réunis à Davos, pour un forum ironiquement intitulé « leadership réactif et responsable ». Le prochain président américain, qui doit être intronisé vendredi, est plus clivant que jamais et est en tout cas présent en filigrane dans tous les discours, que ce soit par de subtiles références ou des messages directs.
La grande actualité du jour a bien sûr été le discours de Xin Jinping, le Président chinois qui est le premier dirigeant de l’Empire du Milieu à se rendre au forum de Davos, et avait intitulé son allocution « la mondialisation inclusive ». Il a détaillé les grandes tendances de la globalisation, la façon dont la Chine y a participé mais aussi la montée des inégalités qui en résultent. Surtout, il a estimé que le pays devait jouer un rôle plus formel pour rendre le leadership de l’économie mondiale, et semble ainsi vouloir combler le vide que pourraient laisser les Etats-Unis, s’ils devaient adopter une position plus protectionniste sous un gouvernement Trump.
Les leaders mondiaux présents dans la station suisse sont plus sceptiques sur la capacité des institutions chinoises à endosser ce rôle dès à présent, mais de l’avis général, ce discours a marqué les esprits sur la volonté de la Chine – ironiquement, la dernière grande puissance communiste – à défendre une économie globalisée. Et qui a envoyé un message clair à Donald Trump en jugeant que le protectionnisme revenait à « s’enfermer dans une pièce noire », et que « personne n’a à gagner d’une guerre commerciale ».
Le gérant de hedge fund américain Anthony Scaramucci, qui devrait être nommé comme membre du cabinet Trump d’ici peu, a répondu à ces propos en déclarant que les Etats-Unis et l’administration Trump « ne veulent pas une guerre commerciale », mais plutôt des « échanges libres et justes », et « de créer plus de symétrie dans ces accords d’échanges ». S’il a estimé que la Chine et les Etats-Unis avaient une « cause commune », il n’a pas été tendre envers la mondialisation, qui « a nuit à la manufacture américaine, cela a touché la classe moyenne américaine et cela a pénalisé la classe ouvrière américaine ». « Nous devons proposer des politiques qui changent cela », a-t-il martelé.
D’autres intervenants ont été bien plus directs dans leurs propos sur le locataire de la Maison Blanche d’ici trois jours. D’un côté, Kirill Dimitriev, directeur général du fonds souverain russe, le Russian Direct Investment Fund (RDIF), a dit apprécier le « professionnalisme » de Donald Trump, et s’est dit « impressionné par ses commentaires sur la Russie », tout en soulignant que les entreprises américaines perdaient à l’heure actuelle 100 milliards de dollars de business à cause de leurs mauvaises relations. Il a invité les médias à « passer à autre chose », à propos du hacking des élections américaines par les autorités russes.
De l’autre côté, Philip Jennings, patron de l’UNI Global Union, qui représente 900 syndicats et 20 millions de salariés dans le monde, a été plus direct en surnommant Trump « le traître en chef » : « si vous regardez les gens dont il s’entoure, aucun d’entre eux n’a les intérêts des travailleurs en tête. Nous allons voir continuer la tendance selon laquelle les revenus de la classe moyenne restent embourbés et les travailleurs ne vont toujours pas avoir de voix ».
Ariana Huffington, fondatrice du Huffington Post, a quant à elle utilisé un ton plus moqueur, en comparant Donald Trump à « un enfant qui ne dort pas assez ». « Je vous promets que s’il dormait 8 h d’affilée et ne tweetait pas entre temps, les 4 prochaines années seraient infiniment meilleures pour le monde. Donc je recommande vivement à ses conseiller de lui prendre son téléphone ».
Enfin, Mark Weinberger, chairman et CEO d’EY et membre du forum de CEO chargé de conseiller Trump sur sa politique économique, a relayé ce que nombre de dirigeants ont sous-entendu dans leurs propos sur le prochain président américain. « Tout le monde espère que nous aurons une voix pour l’éduquer sur ce que nous voyons dans le marché du travail, sur l’emploi, la disruption, les problèmes comme les inégalités de revenus, ainsi que ce qui sera nécessaire pour créer plus d’emplois et améliorer l’économie ». Une pensée partagée par les CEO de la santé, secteur que Trump a accusé de « meurtrier ».
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