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Vincent Bolloré temporise

Vivendi a publié des résultats trimestriels en demi-teinte malgré la dynamique Universal, mais a confirmé ses objectifs annuels. Il a renoncé à lancer une OPA sur Ubisoft pendant six mois et semble se concentrer sur le dossier italien pour le moment.
Vivendi
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Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage, dit l’adage, et en homme d’affaires avisé, Vincent Bolloré l’a repris à son compte. A l’occasion de la publication des résultats trimestriels de Vivendi, le groupe a ainsi précisé qu’il ne comptait pas lancer d’OPA ni d’acquérir le contrôle de sa filiale Ubisoft, dont il détient 26%, dans les six prochains mois. Tout en relevant que sa plus-value latente sur cette participation se chiffre « à plus d’un milliard d’euros » et qu’il compte « poursuivre son développement » dans le secteur. Après avoir empêché le vote d’une résolution sur l’intéressement des salariés lors de l’AG d’Ubisoft en octobre, Vivendi calme donc le jeu. De son côté, le groupe de jeux vidéos, qui oppose une farouche résistance à sa maison-mère, a pris acte de cette déclaration : « Nous resterons vigilants sur leurs intentions à long terme et continuerons à poursuivre notre stratégie de croissance et de création de valeur dans l’intérêt de l’ensemble de nos actionnaires », a-t-il indiqué dans un communiqué.

Car Vincent Bolloré, qui mène déjà plusieurs batailles de front, ne souhaite pas se disperser. D’autant que le groupe a publié des résultats légèrement inférieurs aux attentes au troisième trimestre : si le chiffre d’affaires se maintient en hausse de 2,3% à 3,18 milliards d’euros, l’Ebita est en recul de 5,2% à 293 millions d’euros, soit en deçà des 324 millions attendus en moyenne par les analystes. C’est la filiale de musique Universal qui continue à tirer l’ensemble du groupe : ses revenus ont grimpé de 8,3% en comparable sur le trimestre (et 10% sur neuf mois), tandis que l’Ebita progresse de 6,2%, et même de 25% depuis le début de l’année !

De quoi conforter l’analyse de JP Morgan, qui a publié une note particulièrement « bullish » sur la filiale musicale il y a quelques jours. La banque américaine a relevé sa recommandation à surpondérer, avec un objectif de cours de 40 euros (contre 21,6 euros aujourd’hui) et l’a justifié par le potentiel à long terme d’Universal Music. En se basant sur les perspectives du streaming musical payant d’ici à 2030, elle l’a évalué à 39 milliards d’euros, soit 11 milliards de plus que la capitalisation boursière de Vivendi dans son ensemble, soit deux fois plus que la moyenne des autres analystes. De là à y voir un appel du pied en cas d’introduction en Bourse d’une minorité de la filiale, il n’y a qu’un pas… Arnaud de Puyfontaine, le PDG du groupe, l’avait envisagé lors d’une interview au Wall Street Journal en mai dernier, mais depuis, la société fait savoir que ce projet n’est pas à l’ordre du jour, en tout cas à court terme.

Le groupe est encore concentré sur le redressement de Canal Plus, dont l’Ebita chute de 23,5% au troisième trimestre, à 360 millions d’euros, mais a retrouvé une croissance de ses abonnés individuels nette des résiliations. Surtout, la filiale a signé le mois dernier une joint-venture avec Telecom Italia pour l’acquisition de droits et la production de films et séries télévisées, un enrichissement de l’offre exclusive qui pourrait accélérer le recrutement dans un secteur toujours plus concurrentiel depuis l’arrivée de Netflix et des chaînes payantes. Le partenariat est également l’occasion pour Telecom Italia, dont Vivendi détient 24%, de développer « une offre de contenus innovants lui permettant de développer sa base de clients haut débit fixes et mobiles ». La volonté de développer un concurrent paneuropéen à Netflix semble plus vivace que jamais, mais le gouvernement italien semble déterminé à préserver ses intérêts dans le dossier, comme en a témoigné le dernier conseil des ministres italiens début novembre, où il a décidé d’utiliser ses pouvoirs spéciaux pour ce dossier stratégique et d’intérêt public. En attendant, Vivendi a confirmé ses objectifs annuels, notamment un rebond de l’Ebita de Canal Plus à 350 millions d’euros. Mais aussi une hausse de plus de 5% du chiffre d’affaires (hors Havas) et de 25% de l’Ebita au niveau du groupe.


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