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Theresa May en difficulté à deux jours des législatives
La Premier ministre britannique n'avait clairement pas envisagé un tel recul de sa popularité, lorsqu'elle a décidé le 18 avril dernier d'avancer les élections législatives de deux ans. Pariant sur une large victoire de son parti, elle comptait alors renforcer sa majorité à Westminster (les sondages lui donnaient 100 sièges supplémentaires, contre 5 dans le Parlement actuel) et lui offrir ainsi davantage de marge de manoeuvre pour négocier le Brexit. Mais sa majorité s'est réduite comme peau de chagrin, après plusieurs erreurs stratégiques durant les deux mois de campagne. Du coup, les sondages ne prédisent désormais plus que 30 à 50 sièges de plus pour les conservateurs. Selon une enquête pour ITV, les Tories seraient même crédités de 41,5% seulement des voix, contre 40,4% pour les travaillistes. Sachant que ce sondage a été réalisé avant le terrible attentat du London Bridge ce week-end.
Or le populaire maire de Londres a ce matin ajouté un obstacle supplémentaire sur la route de Theresa May, à deux jours du scrutin. Sadiq Khan a affirmé qu'il serait plus difficile de lutter contre le terrorisme, si le parti conservateur l'emportait ce jeudi. Lors d'un discours en hommage aux policiers morts lors de l'attentat, il a ainsi averti que la capitale britannique perdrait entre 3.400 et 12.800 agents de police, si le parti conservateur mettait en oeuvre les réductions de dépenses annoncées lors de la campagne. Un document du ministère de l'Intérieur dévoilé par The Times aujourd'hui révèle en effet que le budget destiné à la lutte contre le terrorisme devrait passer cette année de 856 millions de livres à 824 millions, bien que la Premier ministre ait affirmé que l'éradication du terrorisme constituait la priorité de son mandat.
Les candidats de l'opposition se sont bien sûr engouffrés dans la brèche sécuritaire, le chef des libéraux démocrates Nick Clegg affirmant de son côté que le Brexit était dangereux pour la sécurité du pays, privant le Royaume-Uni de l'accès aux bases de données criminelles européennes. Le leader travailliste Jeremy Corbyn est en revanche peu pris au sérieux sur le sujet du terrorisme: les médias britanniques ont rappelé ce week-end qu'il avait voté contre 17 lois successives destinées à renforcer la lutte contre le terrorisme, tandis que le tabloïd The Sun a ressorti une interview de lui sur une télévision arabe, dans laquelle il dénonce la décision des conservateurs d'interdire le retour sur le sol britannique de citoyens ayant combattu aux côtés de l'Etat islamique. Malgré cela, le parti travailliste est en hausse constante dans les sondages depuis un mois, et les analystes politiques n'excluent plus la probabilité d'un "hung parliament" (sans majorité). Si tel était le cas, Theresa May se verrait obligée de démissionner et une telle configuration augmenterait le risque que les négociations sur le Brexit ne finissent dans l'impasse.
"L'impact serait considérable sur toutes les classes d'actifs britanniques et notamment la livre", estime ainsi Hartwig Kos, CIO adjoint de SYZ AM. Pour l'instant, le FTSE a plutôt bien performé depuis que Theresa May est en difficulté, soutenu par la baisse de la livre, qui a chuté de près de 2% contre l'euro en un mois. "Les marchés sont en train d'intégrer un résultat plus serré qu'initialement prévu. Cela entraîne un net affaiblissement de la livre sterling, la soupape de sûreté du pays, tandis que les actions britanniques ont tiré leur épingle du jeu : cette dynamique est appelée à se poursuivre cette semaine à deux jours du scrutin", poursuit le CIO. Tout dépendra cependant de la tournure que prendront les négociations avec Bruxelles, censées commencer le 19 juin. En cas de tension sur les sujets clefs, et notamment l'avenir de la place financière londonienne, la Bourse de Londres pourrait plonger.
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