QE3: le tonneau des Danaïdes
La politique expansionniste de la Fed n'a pas fonctionné au regard du niveau de croissance depuis la fin de la crise. Mais elle a soutenu les marchés et permis d'enrichir les investisseurs actions.
La Fed se prépare cette semaine à lancer son nouveau programme de rachat de titres destiné à soutenir la faible reprise et un marché de l'emploi maussade. D'après Ben Bernanke, la Réserve Fédérale conservera son programme d'assouplissement monétaire tant que le taux de chômage n'aura pas durablement diminué. Celui-ci est situé au-dessus de 7,8% depuis janvier 2009, malgré une politique de taux quasiment nulle menée par la Fed dans le même temps, ainsi qu'un gonflement record de son bilan, qui atteint désormais 2970 milliards de dollars. Le nouveau programme consistera en 45 milliards de dollars de rachats de T-Notes et 40 milliards d'obligations hypothécaires.
Or, selon le site financier américain Zerohedge, cette politique d'assouplissement monétaire a été totalement inefficace : la reprise actuelle des Etats-Unis est la plus faible jamais observée dans le pays, après une période de crise. Sur douze trimestres, l'indice de reprise a augmenté de 5% contre une moyenne historique de 15%, selon les calculs de JP Morgan. "C'est la pire reprise jamais observée. Le débat concernant l'efficacité de la Réserve Fédérale à soutenir l'économie est tranché au regard de ces chiffres", explique Zerohedge.
Il n'est pourtant pas prévu que la Fed mette fin à son QE3 cette année, même si deux des membres votants ont déclaré dans les dernières Minutes de la Réserve Fédérale, qu'ils souhaitaient revoir la politique de taux bas et de rachats de titres avant la fin 2013. Au rythme des rachats actuels, le bilan de la Fed aura augmenté de 1000 milliards de dollars à la fin de l'année. "Nous anticipons un arrêt du quantitative easing mi-2014 et une hausse des taux en 2015", explique Alexandre Hezez, responsable de la gestion chez Convictions AM. Même son de cloche chez Axa, dont l'économiste en chef Eric Chaney estime que la Fed pourra toujours moduler ses achats de titres, en fonction du rythme de reprise mais gardera ses taux bas. "On est loin de la fin du QE. Sauf si le dollar remonte fortement et que les ménages reprennent du crédit ", explique t-il. Mais ce n'est pas le scénario le plus probable.
Si la politique de la Fed n'a pas été d'une grande efficacité pour soutenir la croissance américaine depuis 2008, elle a en tout cas soutenu le marché actions. Pour les 1% de la population la plus riche des Etats-Unis, dont la totalité des biens est constituée d'actifs financiers, les temps n'ont jamais été aussi cléments. L'indice S&P 500 a connu une hausse proche des records historiques depuis 2008, de 50%, contre une moyenne de 25%. Ainsi, l'indice a franchi hier soir le seuil des 1500 points pour la première fois depuis le 12 décembre 2007, selon des données de Reuters.
Certaines mauvaises langues ont soutenu que le soutien aux marchés financiers était le seul souci de Ben Bernanke. Il faut reconnaître que sa politique d'injection massive de liquidités à bas prix dans l'économie a certainement permis aux investisseurs de continuer à placer leurs billes, malgré la faible croissance. Position soutenue par Inna Mufteeva, analyste chez Natixis. "Si les mesures d'assouplissement monétaire n'ont pas eu d'impact sur l'économie réelle, elles ont en revanche soutenu les marchés taux et actions. Les achats de titres permettent de faire baisser les taux sur le long terme et de favoriser les conditions financières. Quand le marché des taux est bullish, tous les autres marchés suivent", termine-t-elle.
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