Brexit : Carlos Tavares est-il trop optimiste ?
C'est ce qu'on appelle une annonce à contre-courant. Alors que de nombreuses entreprises basées au Royaume-Uni s'apprêtent à plier bagage ou ont déjà fait leurs valises en raison de l'incertitude économique et juridique qui les attend post-Brexit, le constructeur français PSA a décidé de prendre le contre-pied, et de miser sur le scénario le plus optimiste possible.
Son patron a ainsi dévoilé hier un plan d'investissement de 100 millions d'euros pour augmenter les capacités de production de son usine de Luton, à quelques kilomètres au Nord de Londres, et qui produit des véhicules utilitaires d'Opel/Vauxhall. Le but est de produire 100 00 véhicules par an dès 2019, contre 60 000 fabriqués sur le site l'an dernier. L'usine, qui emploie pour l'instant 1400 personnes, devrait donc recruter 300 à 400 employés supplémentaires, pour remplir les nouveaux objectifs de production.
Carlos Tavares a justifié ce choix par le fait que les usines françaises et espagnoles étaient saturées, dans un contexte de forte croissance de la demande. Et déclaré que les négociations sur le Brexit conduiraient certainement à un accord douanier favorable. "Il est dans l'intérêt du Royaume-Uni et de l'Union européenne de conclure un accord commercial favorable aux deux parties, et non de créer des barrières douanières", a-t-il ainsi affirmé, confiant dans l'issue des prochains mois de discussions. C'est pourtant faire preuve d'un certain optimisme, face aux divisions internes du parti conservateur et du gouvernement sur le sujet de l'union douanière, et alors que le calendrier des négociations est extrêmement serré.
Début février, la première ministre avait été contrainte par les partisans d'un Brexit dur au sein de son cabinet et de Westminster, d'affirmer que son pays ne ferait plus partie de l'union douanière, une fois sorti de l'UE, après plusieurs semaines de débats contradictoires sur le sujet : "Ce n'est pas notre politique de faire partie d'une union douanière", avait-elle alors affirmé. Theresa May a ensuite enfoncé le clou un mois plus tard lors du fameux discours de Mansion House, considéré comme le testament officiel du gouvernement sur l'avenir des relations commerciales entre le Royaume-Uni et l'UE. "Nous quittons le marché unique. La vie sera différente. Et d'une certaine façon, notre accès mutuel au marché unique et britannique sera plus restreint", a-telle déclaré.
Certes, la première ministre a tout de même nuancé son propos en affirmant que l'accès au marché d'un pays dépendait toujours de l'accord commercial négocié entre les deux partenaires et de l'intérêt des deux parties en jeu. Un discours encore ambigu, permettant de donner des billes à chacun des deux camps de son parti, et qui souligne que l'accord final sera en grande partie le fruit de tractations politiques internes, difficiles à anticiper. Sachant que le but est de parvenir à un accord d'ici la réunion du Conseil des 18 et 19 d'octobre prochains, pour que les parlements des pays membres de l'UE aient ensuite le temps de le valider, entre octobre 2018 et mars 2019. Rien ne sera donc certain concernant un possible accord douanier avant l'automne prochain. Et un scenario de "no deal" n'est pour l'instant pas totalement impossible.
Le patron de PSA fait donc un pari risqué. Car sans accord douanier, les exportations des véhicules de l'usine de Luton vers le Vieux Continent seront bien plus onéreuses. Sachant que les deux tiers de la production du site sont justement vendus à l'extérieur du pays...
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

