Déficit: où la France devra-t-elle couper en priorité ?
Les contributions sociales représentent 32% du PIB de l'Hexagone, soit la plus forte proportion des Etats de l'OCDE. Chantiers prioritaires: les retraites, la Sécurité sociale et les dépenses locales.
Le gouvernement aura beau moucher la Commission et ainsi prétendre à l'indépendance de ses engagements budgétaires, il ferait bien de prendre en compte certaines de ses recommandations. Car il s'est formellement engagé à baisser ses dépenses dès 2014. Et pour le moment, la plupart des analystes estiment que les réformes prises depuis un an sont un pas dans la bonne direction, mais qu'elles ne suffiront absolument pas à retourner à l'équilibre budgétaire en 2017. Il est à ce titre intéressant de comparer les différents postes de dépenses de l'Etat français avec ceux des autres pays développés, afin de savoir où le pays est trop dispendieux.
Les prestations sociales (chômage, retraite santé) sont les plus élevées des pays développés et représentaient plus de 32% du PIB en 2010, soit 8,8% du PIB de plus que la moyenne de l'OCDE. Parmi elles, les retraites figurent bien sûr dans la top list des postes de dépenses les plus coûteux. Selon les calculs d'Exane, elles représentent 12,3% du PIB français, soit 4,6% du PIB de plus que la moyenne. Chiffre encore plus marquant: en 2011, le revenu médian des retraités était supérieur au revenu médian du reste de la population ! Ce qui pose clairement un souci d'équité, alors que le chômage des jeunes est au plus haut, à 25,7%. Augmenter l'âge moyen de départ à la retraite de 62 à 64 ans (et le nombre d'années de cotisations de 42 à 44) contribuera sans aucun doute à améliorer la soutenabilité du système de retraites.
Les analystes d'Exane estiment qu'il faudra également abaisser le niveau des pensions perçues par les retraités, si le gouvernement veut pouvoir rééquilibrer le système avant 2020. Ils recommandent que de 2013 à 2015, les retraites complémentaires soient recalculées un point de pourcentage en dessous du niveau d'inflation. La désindexation temporaire des retraites permettrait d'économiser 2,5 milliards d'euros en 2014 et 2015, soit 0,12% du PIB chaque année. Le gouvernement et les syndicats se réuniront les 13 et 14 juin prochains pour discuter des options possibles afin d'améliorer le système et devra prendre toutes ces options en considération s'il veut réellement améliorer l'efficacité du système.
La Sécurité sociale est le deuxième poste des prestations sociales, représentant 8,2% du PIB en 2010, 1 point supérieur à la moyenne des pays développés. Selon les experts, une grande partie des dépenses concerne les plus âgés, ce qui justifie notamment que ces derniers y contribuent davantage. L'usage des génériques pourrait être augmenté (10% des médicaments sont des génériques en France contre 37% en Allemagne). Le gouvernement devra lutter pour parvenir à réduire ses dépenses de santé à 3% du PIB par an, contre entre 3,5% et 5,5% actuellement. Ce qui représente 2 à 3 milliards d'économies annuelles pour atteindre l'objectif !
Dernier poste où le gouvernement aura à faire du nettoyage en priorité, celui des dépenses locales, qui représentaient 12% du PIB en 2011. Elles ont augmenté de 1,5% depuis 1983, en partie en raison de la hausse du nombre de fonctionnaires locaux (15% de plus ces dix dernières années). "Le principal problème résulte de la mise en place de nouveaux échelons administratifs qui ont a entraîné beaucoup de doublons", expliquent les analystes d'Exane. En ce sens, le processus de décentralisation est une bonne étape ainsi que la simplification de l'organisation de l'action publique.
Toutes ces solutions seront essentielles pour rétablir la compétitivité de l'Hexagone. Mais étant donné le niveau de popularité du gouvernement actuel, et l'ampleur des réformes à mettre en place, il faudra sans doute une décennie pour parvenir à rationnaliser les dépenses de l'Etat, estiment les analystes.
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