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La Grèce, bientôt sortie d'affaire

Si l'Eurogroupe n'a pas validé le déboursement de la 4ème tranche d'aide à la Grèce, il s'est montré extrêmement positif sur les efforts réalisés par le pays. Celui-ci a d'ailleurs rencontré une forte demande lors de son émission de long terme début février, ce qui devrait l'aider à préparer sa sortie du programme d'aide au mois d'août.
Athènes - Grèce - Musée de l'Acropole
Athènes - Grèce - Musée de l'Acropole

"Excellentes nouvelles sur le front de la Grèce. Les institutions européennes ont affirmé que le pays avait agi dans tous les domaines prioritaires qui lui avaient été assignés", a déclaré le président de l'Eurogroupe Mario Centoro, à l'issue de la réunion des ministre européens hier soir. Depuis quelques mois, le ton adopté par les représentants européens à l'égard de l'ancien mauvais élève de la zone euro est de plus en plus positif, alors que le pays doit justement voler de ses propres ailes à partir d'août prochain. Date à laquelle il sortira officiellement du troisième programme d'aide européen, au terme duquel il aura reçu 86 milliards d'euros en trois ans (le pays a pour le moment reçu 40 milliards).

Le ministre des Finances Euclid Tsakalatos, qui a très bonne réputation auprès de Bruxelles - notamment pour avoir mis en place de nombreuses réformes en un temps restreint - n'a cependant pas encore obtenu le feu vert des européens hier soir pour le déboursement de la 4ème tranche de 5,7 milliards d'euros. L'Eurogroupe a exigé que le pays mette en oeuvre les deux dernières actions prioritaires de sa liste, sur les 110 qu'elle devait accomplir. La Grèce devra ainsi finaliser la privatisation de l'ancien aéroport d'Athènes et achever l'électronisation des procédures de saisie des actifs immobiliers pour les banques. "La BC avait particulièrement insisté pour que cette seconde mesure, destinée à aider les banques grecques à se délester de leurs prêts non performants, soit mise en place avant la fin du programme d'aide. Ce qui explique notamment que l'Eurogroupe ait décidé de repousser le déboursement de la quatrième tranche d'aide, liée à la troisième revue", explique ainsi Ioannis Sokos, stratégiste taux chez Nomura à Londres. Mais selon lui, les ministres devraient donner leur feu vert dès le prochain Eurogroupe prévu mi-mars. Preuve que les ministres sont confiants dans la mise à exécution rapide des autorités grecques des deux dernières actions prioritaires, la Troïka se rendra dès la semaine prochaine à Athènes pour entamer son quatrième examen de la situation du pays (4th revue), sans attendre que le pays ne finisse de mettre en oeuvre les deux dernières réformes.

Il faut dire aussi que la situation de financement de la Grèce a évolué par rapport au tout début du programme, où le pays dépendait des versements européens pour financer ses retombées de dette et ses dépenses publiques. Le pays est en excédent depuis 2016, ce qui lui a permis de retourner sur les marchés une première fois l'an dernier. Et, il y a dix jours, l'agence de la dette a de nouveau émis pour 3 milliards d'euros de titres à 7 ans, à un rendement de 3,375%. Elle a même rencontré une forte demande, aussi bien de la part d'investisseurs grecs que d'institutionnels ou hedge funds internationaux. La demande a été deux fois supérieure à l'offre et ce, malgré une très forte volatilité sur les marchés, puisque l'adjudication a eu lieu la semaine du mini krach de Wall Street. "Le débat n'est désormais plus de savoir si la Grèce aura assez pour financer ses besoins immédiats, mais comment elle va se constituer des réserves de liquidités suffisantes pour préparer sa sortie de programme", explique encore le stratégiste de Nomura.

Deux solutions sont envisagées pour cette sortie prévue en août prochain donc. Soit, la Grèce se passe de toute aide supplémentaire, à la façon dont le Portugal ou l'Irlande ont procédé à la fin de leur propre programme d'aide. Soit le pays aura besoin d'un financement de précaution. Le gouvernement grec espère bien pouvoir sortir sans filet. Le commissaire aux affaires économique Pierre Moscovici a d'ailleurs lui-même affirmé le 14 février dernier que la Grèce pourrait redevenir un Etat comme les autres, sans aucune assistance supplémentaire, passé le mois d'août. Le pays prévoit donc d'accroître le plus possible ses réserves de liquidités, et pourrait retourner une ou deux fois sur les marchés cette année, estime Ioannis Sokos, même si aucun programme d'émission n'est dévoilé à l'avance.

Vu les progrès réalisés par le pays et la confiance des chefs d'Etats européens dans le gouvernement hellène, la question de la restructuration de la dette grecque devrait être de nouveau être au centre des discussions des prochains Eurogroupes. En juin 2017, un accord de principe à moyen terme concernant la soutenabilité de la dette grecque a été trouvé. Or c'est sur ce sujet que les européens et le FMI ne parvenaient pas à s'entendre. Cet accord prévoit un "mécanisme d'ajustement à la croissance", qui devrait permettre de régler le problème de soutenabilité de la dette. Ce mécanisme liera en effet de façon quasi automatique le reprofilage des prêts accordés par le FESF aux performances de croissance du pays. Le remboursement de la dette hellène en somme, sera plafonné en fonction de volumes de croissance annuels du pays. La restructuration de la dette sera ainsi de plus grande ampleur si la croissance est plus faible que prévu. Ce qui évitera d'étouffer le pays les années de récession ou de ralentissement. Selon Ioannis Sokos, les modalités de ce mécanisme ainsi que le détail d'une nouvelle restructuration de la dette grecque (sachant que tout haircut est écarté) seront connus dans les prochains mois, traçant ainsi la route pour la sortie d'aide de la Grèce. 

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