Google revient en Chine par la petite porte...mais avec grande ambition
Coup de tonnerre dans le monde des GAFAs qui est considéré en Chine comme persona non grata, et où le pouvoir a réussi à faire émerger trois concurrents très sérieux - que l'on appelle là bas les BAT - : Baidu (portail Internet), Alibaba (e-commerce) et Tencent (avec son application Wechat qui compte plus d'utilisateurs que Whatsapp). Hier, Google a donc annoncé qu'il s'apprêtait à investir 550 millions de dollars dans JD.com, la société chinoise de commerce électronique qui fait concurrence à Alibaba.
Cet accord a beau être mineur en valeur absolue, il est considérable en termes stratégiques. Surtout, il intervient au moment précis où le géant américain de la technologie réorganise la manière de se développer en Chine. Il faut savoir que Google a une présence marginale au sein de l'Empire du Milieu depuis mars 2010, lorsque les autorités ont fermé son moteur de recherche pour la Chine continentale et ont ensuite coupé le trafic vers ses services destinés aux consommateurs.
Déjà il y a quelques mois, Google a annoncé l'ouverture d'un laboratoire de recherche sur l'intelligence artificielle à Pékin, et quelques jours plus tard le groupe a investi dans Chushou, une plateforme chinoise de jeu mobile. L'investissement annoncé hier, couplé avec d'autres offres récentes, suggère que l'entreprise a entrepris de former maintenant une sorte d'alliance pérenne avec deux grandes entreprises technologiques en Chine: JD.com et Tencent, le fabricant de l'application de chat et du service de paiement WeChat. D'ailleurs, ces deux entreprises sont étroitement liées depuis 2014, lorsque Tencent a acheté une participation de 15% dans JD.com. Depuis lors, ils ont co-investi dans un certain nombre d'entreprises chinoises, parmi lesquelles la chaîne de magasins Better Life, le conglomérat en matière de divertissement LeEco et le géant du cinéma, Dalian Wanda Group.
Récemment, un réseau de transactions et de partenariats s'est formé autour de Google, Tencent et JD.com (avec une poignée d'autres sociétés). Par exemple, tous les trois ont investi dans Go-Jek, un joueur indonésien de rallye qui affronte Grab en Asie du Sud-Est (et, avant de se retirer de la région en mars, Uber). Tencent et Google ont également conclu un accord de partage de brevets en janvier. Pendant ce temps, tous les trois ont constitué un même réseau de partenaires dans la grande guerre qui touche tout le commerce électronique en Chine comme aux États-Unis. Une guerre où les protagonistes sont des détaillants traditionnels comme des grands groupes du e-commerce.
Rappelons différentes étapes intervenues au cours des deux dernières années. En janvier 2016, JD.com a racheté la branche e-commerce de Walmart en Chine. Quelques mois plus tard, Walmart a augmenté sa participation dans JD.com à 10,8%. En août 2017, Google a annoncé un partenariat avec Walmart pour offrir les produits du détaillant sur son site de vente en ligne. En janvier 2018, on apprenait que Tencent envisageait d'investir dans le distributeur français Carrefour. En mai, un supermarché Carrefour alimenté par les codes QR de WeChat pour le paiement par mobile a été ouvert à Shanghai. En mars 2018, Walmart a annoncé qu'il cessait d'offrir des services de paiement à Alipay dans ses magasins de l'ouest de la Chine et n'accepterait que les paiements WeChat de Tencent. Il y a quelques jours, Google et Carrefour ont annoncé la création d'une joint-venture.
Cette alliance à trois entre Tencent, Google et Carrefour est appelée à s'intensifier dans un paysage mondial marqué par la rivalité de Walmart avec Amazon aux États-Unis, et avec la bataille de Tencent et JD.com contre Alibaba en Chine. Mais surtout, cela montre que le pragmatisme de Google lui permet de revenir en Chine par la petite porte, mais avec de très grands alliés, huit ans après avoir été banni du pays. Cela est déjà une très grande victoire.
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