Mark Carney pris au piège du Brexit
Si le gouverneur de la Banque d'Angleterre a su gérer avec beaucoup de réactivité les lendemains du référendum sur le Brexit, il est depuis quelques mois en difficulté pour mener à bien la politique monétaire du pays. A l'été 2016, après les résultats du vote sur la sortie du Royaume-Uni de l'UE, Mark Carney avait pourtant été l'une des seules figures du pays à savoir rassurer les marchés, annonçant successivement un assouplissement de la réglementation à l'égard des banques, afin de réduire leurs contraintes en capital, puis un abaissement des taux directeurs de 25 points, accompagné d'un élargissement du programme de rachats de titres.
Mais depuis lors, la forte baisse de la livre a entraîné une hausse des prix à la consommation, sans que le gouverneur ne puisse vraiment ajuster sa politique. C'est d'ailleurs en raison de cette accélération de l'inflation que trois gouverneurs ont aujourd'hui voté en faveur d'une hausse des taux lors de la réunion de politique monétaire, soit le nombre le plus important de partisans d'un resserrement depuis 2007. A Kristin Forbes, qui avait déjà voté en ce sens lors des dernières réunions, se sont joints Michael Saunders et Ian McCafferty. Tous trois ont ainsi affirmé que l'inflation qui devrait atteindre 3% cette année, était bien supérieure à l'objectif de 2% visé par la BoE, et qu'il était donc grand temps de resserrer la vis monétaire.
Si le mandat de Kristin Forbes se termine à la fin du mois et que les deux gouverneurs "hawkish" (en faveur de la hausse) seront donc en minorité contre les 5 qui ont voté pour maintenir les taux à 0,25% aujourd'hui, leur vote a été perçu par les marchés comme le signal d'un resserrement qui pourrait être plus rapide que prévu. La livre a ainsi grimpé de 0,5%, à 1,142 contre l'euro suite à la réunion des gouverneurs. "Les minutes de la Banque d'Angleterre dévoilées ce matin soutiennent notre point de vue que la première hausse de taux pourrait avoir lieu bien avant avril 2020, comme l'anticipent pour l'instant les investisseurs", explique ainsi Paul Hollingsworth, analyste chez Capital Economics.
Il reste qu'il serait bien imprudent de la part du gouverneur Mark Carney de relever les taux dans les prochains mois, malgré l'accélération de la hausse des prix. Si les élections n'ont été mentionnées que trois fois lors des discussions entre les gouverneurs aujourd'hui, le risque politique est bien l'un des principaux facteurs qui empêche la BoE d'agir pour le moment. Les législatives de la semaine dernière et la perte de la majorité par les conservateurs ont effectivement ajouté de l'incertitude, alors que les négociations sur le Brexit devraient commencer dans quelques jours. Le gouverneur est donc pour le moment pris au piège du Brexit et du climat politique britannique, et ne pourra donc pas suivre les traces de son homologue américaine Yellen, qui a annoncé hier le quatrième resserrement des taux depuis décembre 2015. Mark Carney a d'ailleurs clairement signifié que l'inflation ne serait pas prioritaire pour guider la stratégie de la BoE, qui aura plutôt à coeur de soutenir l'économie, qui pourrait plonger en fonction de la tournure que prendront les négociations avec l'UE, dans les prochains mois.
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