Carrefour : que retenir du nouveau plan stratégique ?
Que faut-il retenir du plan stratégique de Carrefour présenté ce matin par son nouvel homme fort ? Si l’on en juge par l’évolution du cours de Bourse du distributeur, il est facile de penser que les annonces détaillées vont dans le bon sens. Elles se concentrent, en fait, autour de trois axes : réductions de coûts, investissements dans le digital et ré-allocation des moyens en Chine.
Côté réductions des coûts, Alexandre Bompard a effectivement annoncé qu’un plan de départs volontaires de 2.400 personnes était prévu dans le cadre de la réorganisation de ses sièges en Ile-de-France. De même, Carrefour va-t-il mettre en œuvre un plan de sauvegarde de l'emploi pour les 2.100 salariés des 273 ex-magasins Dia (sur 600) dont le groupe entend se séparer. L'ambition du groupe est de pouvoir faire des "offres attractives de reclassement pour au moins la moitié de ces 2.100 salariés et de trouver des repreneurs pour ces magasins", a ajouté Alexandre Bompard. Mais va-t-il trouver preneur ? De sa bouche même, ces magasins "sont en grande difficulté du fait de leur inadaptation à leur zone de chalandise depuis leur passage sous enseigne Carrefour". Interrogé par WanSquare, Casino, qui en avait acquis quelques-uns lors de la vente du réseau français de cette enseigne espagnole, ne se dit pas intéressé en tout cas. La réduction totale des coûts devrait atteindre 2 milliards d’euros dès 2020.
Autre point fort de la présentation de ce matin: les efforts consentis pour dynamiser sa partie digitale et son e-commerce. Les investissements dans ce domaine atteindront 2,8 milliards d’euros d’ici à 5 ans, avec l’objectif de réaliser 5 milliards d’euros de chiffre d’affaires dans le e-commerce alimentaire à cette échéance (contre 6 fois moins aujourd’hui). Soit un investissement de 500 millions d’euros par an pour muscler son trafic omnicanal. Niveau suffisant pour faire face à une concurrence toujours plus brutale ? Pour marquer sa détermination, le groupe a, en tout cas, officialisé un accord stratégique avec Publicis à l’occasion de la création d'une plateforme marchande dans chacun des pays où il opère. En effet, c'est dans cette perspective qu'il a choisi Publicis pour l'accompagner dans le déploiement d'un système omnicanal de référence pour les clients. Autre initiative intéressante et visant à amplifier son activité Internet : Carrefour a signé un autre accord avec La Poste en vue d’utiliser les services de sa filiale de livraison à domicile Stuart. 15 villes seront ainsi desservies d’ici à la fin de l’année. Un service de livraison à partir des Drive des hyper et supermarchés Carrefour sera parallèlement testé dans le courant de l’année. Un service déjà proposé par les enseignes de Casino (Cdiscount, Franprix et Monoprix).
Troisième et dernier étage de la fusée : le redéploiement des forces du distributeur français en Chine, zone déficitaire depuis un bon moment. Tencent et Yonghui devraient ainsi entrer au capital de Carrefour Chine, le premier apportant son expertise technologique et son indéniable avantage d’être chinois. Façon habile de lâcher du lest sur ce continent, tout en se donnant les moyens de s’y inscrire dans la durée.
Face à ces annonces, le ministre de l’Economie Bruno Le Maire a immédiatement réagi : « l'État sera très vigilant sur l'accompagnement de chaque salarié touché par le plan de Carrefour », a-t-il déclaré tout en louant les investissements massifs dans le numérique : "Je crois que c'est une bonne décision car le secteur de la grande distribution est confronté à des bouleversements technologiques majeurs, et la seule solution c'est d'anticiper ces bouleversements en investissant dans la digitalisation du secteur de la grande distribution".
Ces annonces seront-elle néanmoins suffisantes pour remettre en ordre de marche la machine quelque peu grippée ? C’est ce que veulent croire aujourd’hui les analystes et les investisseurs. Mais faire bouger un tel paquebot demandera surtout du temps. Ce dont ne dispose pourtant pas vraiment le groupe français, face à des acteurs internationaux déjà à la manœuvre depuis plusieurs années pour offrir des solutions bon marché et agiles. Quitte à perdre de l’argent dans un premier temps.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

