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Assurance sans gouvernance

La démission du patron de Generali est une victoire pour ceux qui voudraient voir l'assureur italien donner la priorité à la rentabilité sur les intrigues politiciennes.
Jean Cocteau écrivait que "les italiens sont des français de bonne humeur". La formule a fait mouche tant elle trouve d'illustrations différentes, y compris dans la vie des affaires. Mais ce n'est pas parce que l'Italie est le pays de Virgile que tout y est aussi harmonieux qu'une symphonie pastorale. La preuve vient d'en être fournie par la démission de Cesare Geronzi, le patron de Generali, nommé il y a moins d'un an à la présidence du groupe en remplacement d'Antoine Bernheim. Cette démission est intervenue à l'ouverture d'un conseil d'administration extraordinaire convoqué pour traiter justement des questions de gouvernance, à la demande de plus de la moitié des administrateurs. Plutôt que d'être révoqué, Cesare Geronzi a pris les devants. Ce qui constitue, de fait, un aveu de culpabilité - ou de faiblesse ? - en matière de mauvaise gouvernance. Il serait faux de ne voir dans ce "claquement de porte" qu'un simple mouvement d'humeur. Ce qu'ont fait les administrateurs, avec des arrière-pensées très différentes, qu'il s'agisse de Vincent Bolloré, de Diego Della Valle (le patron de Tod's) ou des représentants de Mediobanca, a consisté simplement à rappeler au patron de l'assureur vénitien que l'époque de la Comedia dell'arte était terminée, et que dans un monde financier en pleine révolution copernicienne, Generali se devait de produire une meilleure rentabilité. La deuxième leçon à tirer de cet épisode, c'est que les administrateurs ne veulent plus cautionner une gestion purement politique de Generali. Certes, le Lion de Trieste est une institution en Italie, au moins aussi importante que "la Cathédrale de Chartres" en France, pour reprendre l'expression d'Antoine Riboud. Mais cela ne constitue pas une raison pour que le groupe s'exonère d'une gouvernance exemplaire et des jugements du marché. Au contraire, il doit être regardé comme un modèle, ce qu'il est - hélas ! - loin d'être. Enfin, ne soyons pas dupe, dans ce "coup d'état", il y a naturellement une part de révolte de l'establishment italien contre le gouvernement de Silvio Berlusconi, dont Cesare Geronzi est un proche. Tout le monde connait l'animosité que Diego Della Valle, le fabricant de chaussures à picots, nourrit à l'égard du Premier ministre italien. Sa montée au créneau sur ce dossier - tout en restant très éloigné des critiques formulées par Vincent Bolloré - s'apparente beaucoup à un lancer de chaussures à destination du gouvernement en place. Dans ces conditions, ce qui vient de se passer chez Generali, aura des conséquences sur toute l'Italie des affaires.
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