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La France prête à emprunter plus cher que l’Espagne
Depuis le mois d’août, les taux d’intérêt à long terme remontent pour l’ensemble des pays européens. En Allemagne, en rythme mensuel, ils sont passés de -0,13% à +0,25% en janvier dernier, en France de +0,15% à +0,85%, en Italie, de +1,18% à +1,99% et en Espagne de +0,74% à +1,42%. Partout, ils retrouvent les niveaux connus à la fin 2016. Mais derrière cette évolution, d’importants changements s’opèrent depuis la fin de l’année. Si pour l’Italie et la France, il y a une accélération de la hausse, en Allemagne et en Espagne, c’est la stabilité qui s’est installée. “La dégradation (faible) de la situation de la France en ce qui concerne les taux d’intérêt à long terme vis-à-vis de l’Allemagne et de l’Espagne depuis décembre 2016 peut venir du risque politique en France, avec l’incertitude sur le résultat des élections présidentielles, commente Patrick Artus, directeur de la recherche économique chez Natixis. Mais nous nous demandons si, pour des raisons fondamentales, on ne peut pas imaginer que les taux d’intérêt à 10 ans en France passent au-dessus de ceux de l’Espagne.”
Pour doubler la France, l’Espagne peut s’appuyer sur une progression de son PIB. En effet, quand la France obtient une croissance de +1,1%, celle de l’Espagne atteint +3,2% en 2016. Depuis 2014, l’économie espagnole bât l’économie française : plus d’investissements productifs, plus d’exportations… Quand la France connaît un déficit extérieur croissant à 1,1% de son PIB, l’Espagne affiche un excédent de 3% de son PIB. “La compétitivité-coût de la France est aujourd’hui très dégradée par rapport à celle de l’Espagne et la profitabilité des entreprises est nettement plus faible en France qu’en Espagne, en raison de l’effort important de réduction des coûts salariaux en Espagne depuis la crise de 2008, développe Patrick Artus. La faiblesse de l’investissement des entreprises perpétue en France l’insuffisance de la modernisation du capital, donc la faiblesse de la compétitivité, donc la faiblesse de la croissance.”
Avec ses chiffres macroéconomiques très favorables, la péninsule ibérique aurait déjà dû emprunter moins cher que l’hexagone. Or, ce n’est pas le cas. L’instabilité politique de ces derniers mois n’explique pas tout. C’est en réalité sa situation budgétaire qui a largement contribué à voir ses taux d’emprunt être plus élevés que ceux de la France, même si “ni la France, ni l’Espagne n’assurent aujourd’hui leur solvabilité budgétaire, constate Natixis. Mais la croissance, en volume et en valeur, nettement plus forte en Espagne qu’en France rend le retour à la solvabilité budgétaire nettement plus facile en Espagne qu’en France”. Catherine Stephan de BNP Paribas ajoute : “L’Espagne, qui dispose enfin d’un gouvernement, devrait resserrer sa politique budgétaire et parvenir, cette année encore, à se démarquer de la plupart de ses partenaires de la zone euro en affichant une croissance du PIB proche de 2,4%”, soit le double de la croissance attendue la France.
Tout concourt donc à ce que les taux français rejoignent ceux de l’Espagne. Pourtant, cette perspective que la France emprunte plus cher que l’Espagne n’est pas partagée par l’ODCE, qui table sur des taux longs mensuels moyens à 0,17% pour la France et 1,07% pour l’Espagne pour 2017. En effet, la dette publique espagnole devrait continuer à progresser au lieu de se réduire. Ainsi, BNP Paribas prévoit une dette publique à 99,5% du PIB pour 2016, à 100,3% pour 2017 et à 100,4% pour 2018. Et dans le même temps, sa croissance devrait continuer à se tasser (2% en 2018). Mais Patrick Artus n’en démord pas : “le taux d’intérêt à long terme en France devrait rattraper celui de l’Espagne. La France a une plus grande difficulté que l’Espagne à restaurer sa solvabilité budgétaire avec une croissance plus faible. Et elle a besoin, contrairement à l’Espagne, d’attirer l’épargne des non-résidents pour financer le déficit public en raison de la présence d’un déficit extérieur croissant en France.”
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