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"Trumponomics" : le choc de croissance annoncé ne fera pas long feu

La pente des taux obligataires US montre que le rebond de croissance lié à la politique de relance du nouveau Président va creuser le déficit extérieur et renforcer le dollar, mais n’aura en réalité pas d’effet sur le long terme. Le cycle de reprise est déjà trop avancé.
bulle high yield
bulle high yield

Les jeux de mots pour tenter d’analyser les impacts de la politique économique de Mr Trump se multiplient : parmi les « Trumponomics », le mot qui se répand entre économistes est aujourd’hui celui de « Trumpflation », à savoir une politique de relance et de dépenses qui stimule la croissance et l’inflation à court terme.

Les chiffres de la croissance US au dernier trimestre, qui sont sortis vendredi dernier et ont été rapidement éclipsés par le décret sur l’immigration du Président, ont été légèrement décevants : 1,9% de croissance en rythme annuel, contre 2,2% attendus par les économistes. Plus ennuyeux : une explosion des importations (+8,3%) au dernier trimestre, ce qui a provoqué le creusement du déficit commercial et a coûté 1,7 point de croissance au pays sur cette période. De tels chiffres semblent donner raison à Donald Trump, qui s’offusquait encore du déficit commercial avec le Mexique dans un tweet vendredi, estimant que le pays avait « profité des Etats-Unis pendant trop longtemps ».

Pourtant, les données publiées vendredi correspondent tout à fait au niveau de cycle où se trouvent les Etats-Unis à l’heure actuelle, rappelle Natixis. Le pays est dans une situation de plein-emploi, comme le montrent le niveau du chômage et la pression à la hausse sur les salaires, ce qui génère un déficit extérieur, en raison de l’appréciation du dollar. Si bien que la croissance ne peut pas être supérieure à la croissance potentielle (à environ 2%).

En privilégiant une politique de relance en interne et protectionniste à l’extérieur, Donald Trump va donc créer les conditions d’aggravation du déficit commercial et d’appréciation du dollar, dont il s’est déjà désespéré. Son secrétaire au Trésor, Steven Mnuchin, a d’ailleurs eu la délicate tâche de défendre ce point de vue lors de son audition devant le Congrès, indiquant que s’il soutenait une monnaie puissante, « de temps en temps, un dollar excessivement fort peut avoir des implications négatives sur l’économie ».

Les investisseurs ont bien compris cette situation, et la pente des taux des obligations américaines montre qu’ils ne misent pas sur un rebond prolongé de la croissance grâce aux Trumponomics. Ainsi, les Treasuries à dix ans ont nettement rebondi (+63 pb à 2,48%) depuis l’élection, notamment par rapport aux titres à deux ans, par anticipation des hausses de taux par la Fed. La banque centrale emmenée par Janet Yellen, qui se réunit demain et mercredi, aura d’ailleurs à cœur de ne pas s’avancer sur ce rythme de resserrement monétaire avant d’en savoir plus sur une administration particulièrement imprévisible.

En revanche, le spread des Treasuries à dix et trente ans s’est moins écarté car les titres à long terme n’ont grimpé "que" de 46 pb depuis le 8 novembre. Cela signifie que bien conscients du plein-emploi et de la maturité du cycle économique après huit ans de reprise, les marchés ne misent pas sur une croissance longue et durable de l’économie américaine. Cela est également manifeste du côté du point mort d’inflation : il est revenu au-dessus des 2% à dix ans.

Si les valeurs cycliques sont privilégiées du côté des actions dans le cadre d’un mandat axé sur la relance, le marché obligataire offre à voir une réalité un peu plus sombre d’une ère Trump : celui d’une inflation gonflée par les dépenses, et un dérapage du déficit public et extérieur. En un mot, un « choc » de croissance peu efficace et rapidement oublié, mais dont la facture sera lourde à long terme.


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