Un trimestre en demi-teinte pour Lazard
Portés par l’adoption du budget 2018 à la Chambre des Représentants, qui ouvre la voie à l’adoption de la réforme fiscale américaine, les investisseurs n’ont pas sanctionné Lazard pour ses résultats trimestriels, dont le titre bondi de plus de 2% ce jeudi matin à la Bourse de New York. Pourtant, la banque d’affaires a publié des performances décevantes dans son activité de conseil financier, dont les revenus ont reculé de 11% au troisième trimestre, à 306 millions de dollars. Le groupe dirigé par Ken Jacobs a néanmoins compensé cela grâce à la très bonne performance de sa deuxième jambe : la gestion d’actifs, qui a grimpé de 19% sur trois mois, si bien que son chiffre d’affaires - 315 millions de dollars – dépasse celui de son activité historique de banque d’affaires pour la première fois en trois ans !
De tels résultats sont surprenants dans la mesure où la gestion d’actifs souffre de manière générale de la montée en puissance des fonds passifs type ETF, et où le marché des M&A reste dynamique. Selon Thomson Reuters, les montants des deals annoncés ont grimpé de 3% au troisième trimestre, à 819,7 milliards de dollars. Sur cette période, Lazard a bénéficié de la finalisation de méga deals au troisième trimestre, comme la fusion géante entre DuPont et Dow Chemical pour 130 milliards de dollars, le rachat des 57% de Reynolds par le fabricant de tabac Reynolds American pour 49 milliards de dollars ou encore l’acquisition de Christian Dior Couture par LVMH pour 6,5 milliards d’euros. Lazard a par ailleurs été impliqué sur d’autres deals français d’envergure closés pendant le trimestre : le rachat de Berenberg par Elis (2,5 milliards d’euros), la vente de Body Shop par l’Oréal (1 milliard), la vente de Stonyfield par Danonce (875 millions de dollars) ou la sortie d’Astorg Partners de Kerneos, vendu à Imerys (880 millions d’euros).
Mais dans la banque d’affaires, chaque jour ne présage pas du lendemain. L’activité de conseil financier est particulièrement volatile et cyclique, comme peuvent en témoigner les résultats trimestriels de ses pairs cotés : 46% de hausse chez Holihan Lokey contre 27% de baisse chez Greenhill. Au trimestre précédent, le conseil avait d’ailleurs bondi de 43% chez Lazard. C’est la raison pour laquelle le CEO du groupe, Ken Jacobs, ne semble pas s’inquiéter outre mesure de ce léger trou d’air. S’il note « une baisse des plus gros deals par rapport à 2015 et 2016 », il l’attribue à l’arrivée de la nouvelle administration à la Maison Blanche, « l’environnement politique à Washington qui a affecté les grandes multinationales ». Mais il se montre optimiste et estime que la situation se clarifie autour de la réforme fiscale, ce que le vote du jour sur le budget vient confirmer.
Et comme le FMI, il s’enthousiasme sur la reprise mondiale : « Nous avons une croissance synchronisée partout dans le monde pour la première fois depuis une décennie (…) et nous avons toujours une très faible inflation et même des perspectives de déflation dans certains endroit, donc le défi relatif à la croissance organique est toujours là », analyse-t-il. Pour lui, les meilleures opportunités sont à trouver non dans les plus gros deals mais dans le midcap : « Le financement est disponible, la confiance est meilleure et même si les valorisations sont élevées, il y aune disparité entre les grandes sociétés et celles de plus petite taille ». Sous la houlette de Matthieu Pigasse, qui a pris seul la tête de la banque d'affaires en France à l'été dernier, Lazard a récemment musclé son expertise avec l’arrivée de Cédric Leoty, qui était responsable de la banque d’affaires de Citi en France, comme associé-gérant à Paris.
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