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La prochaine cible de la Chine ? Le Portugal

 Le groupe China Three Gorges a fait une OPA à 9 milliards d’euros pour acheter les 76% qu’il ne détient pas dans l’électricien portugais EDP. Il coupe ainsi l’herbe sous le pied d’Engie, de l’Italien Enel ou de l’Espagnol Gas Natural, mais pourrait se voir barrer la route par les autorités de la concurrence européennes et américaines.
énergie renouvelables - éoliennes - iîe danoise
énergie renouvelables - éoliennes - iîe danoise

Ils étaient au moins quatre sur les rangs, mais c’est finalement le Chinois qui a dégainé le premier. Le groupe China Three Gorges, actionnaire à 23% de l’électricien portugais EDP (Energias de Portugal), a annoncé vendredi qu’il offrait 3,26 euros par action pour le reste du capital, soit une prime de près de 5% sur le cours de clôture de la cible, et un prix total de 9,07 milliards d’euros. Le mois dernier, BFM Business avait indiqué qu’Engie était sur les rangs pour racheter l’ancien monopole public portugais, évoquant même une rencontre entre la directrice Isabelle Kocher et le patron d’EDP, Antonio Mexia, mais le Français avait démenti un tel intérêt. Depuis plusieurs mois, les rumeurs prêtaient aussi à l’Italien Enel et à l’Espagnol Gas Natural des ambitions sur le groupe.

Mais le Chinois Three Gorges, né en 1993 pour superviser la construction et les opérations du plus grand barrage hydraulique au monde - les Trois Gorges sur la rivière Yangtze -, a finalement officialisé ses intentions en premier. Ce dernier avait pris pied au capital d’EDP lors de sa privatisation en 2011, et y a rapidement vu le moyen d’augmenter son exposition en Europe, notamment avec des usines en Espagne, en France, en Italie et en Grande-Bretagne. Mais aussi outre-Atlantique, puisqu’EDP détient des installations hydroélectriques au Mexique, au Brésil ou encore des éoliennes aux Etats-Unis. Ces dernières années, le Chinois s’est largement développé dans les énergies alternatives afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre du pays, et s’est servi de son empreinte dans le Vieux Continent à cette fin, car 40% du résultat opérationnel d’EDP est généré par des énergies renouvelables.

L’offre ne paraît pas très généreuse, même si elle représente tout de même une prime de près de 18% sur le cours moyen pondéré des six derniers mois, mais l’actionnaire peut compter sur ses propres droits de vote pour franchir la barre des 50% et faire aboutir l’opération. Si elle arrivait à son terme, il s’agirait d’une des acquisitions chinoises les plus emblématiques en Europe depuis le mariage de ChemChina et Syngenta pour 43 milliards de dollars l’an passé. Toutefois il pourrait surtout se heurter à l’opprobre des autorités de la concurrence sur cet actif d’intérêt stratégique dans tous les marchés dans lesquels il opère. Cela veut dire aussi bien en Europe qu’aux Etats-Unis, où l’administration Trump a marqué un sévère retour au protectionnisme, et se lance dans des mesures de rétorsion commerciale à l’égard de l’Empire du Milieu. En début d’année, le fameux Committee on Foreign Investment in the US a ainsi bloqué la fusion entre Broadcom à Singapour et l’Américain Qualcomm pour 117 milliards de dollars.

En Europe, la Chine détient déjà des utilities comme le distributeur de gaz National Grid en Grande-Bretagne, mais la Commission s’est déjà dite prête à préserver les actifs de sécurité nationale si nécessaire. Le Chinois, qui s’est engagé à préserver les activités du groupe et le siège d’EDP au Portugal, n’aurait pas convaincu le management du groupe néanmoins le gouvernement a déjà fait savoir qu’il n’interviendrait pas pour bloquer le deal.


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