Macro-économie / Taux / Sur les marchés
Macro-économie / Taux
Sur les marchés
IPO: Snapchat vient de créer deux milliardaires
C’est une success story comme il n’en existe qu’aux Etats-Unis : à 26 et 28 ans, Evan Spiegel et Bobby Murphy, qui ont créé l’application Snapchat en 2011 alors qu’ils étaient encore étudiants à Stanford, s’apprêtent à devenir milliardaires… En tout cas sur le papier. Assisté par Morgan Stanley et Goldman Sachs, Snap, la holding du groupe, vient ainsi de fixer le prix de son introduction en Bourse à 17 dollars par action, soit une valorisation proche des 24 milliards de dollars, et fera ses premiers pas sur le Nyse ce jeudi. Les deux fondateurs, qui détiennent 22% du capital, vont ainsi se retrouver chacun à la tête d’une fortune estimée à 5,3 milliards de dollars, et cela sans céder aucun droit de vote lors de l’IPO…
C’est un premier pari gagné pour la firme basée à Venice Beach à Los Angeles, qui a fait l’objet d’âpres critiques lorsqu’elle a diffusé ses informations financières, dans le cadre de son processus d’introduction. Snapchat comptait 158 millions d’utilisateurs quotidiens au dernier trimestre 2016, mais la croissance avait ralenti à 3,3%, contre 7% pour le trimestre précédent. L’application est scrutée de près par les publicitaires, attirés par un public jeune, en majorité âgé de moins de 25 ans, mais la société n’a pas vraiment offert de solution sur la croissance de son trafic et sa monétisation à moyen terme, notamment face à de grands concurrents comme Facebook et Google. Evan Spiegel préfère d’ailleurs définir la société comme un groupe d’optique, puisqu’il a lancé récemment des lunettes connectées, et plancherait sur des drones, ce qui pourrait troubler les investisseurs. Ce dernier est par ailleurs un patron atypique de la Silicon Valley : alors que son concurrent Mark Zuckerberg déclare vouloir rendre le monde plus connecté et ouvert avec Facebook, Evan Spiegel reste très secret et insiste sur l’intimité de l’expérience Snapchat.
Le timing de l’IPO suscite également des interrogations. Facebook avait attendu de faire la preuve d’un business model pour monétiser sa plateforme avant de se frotter aux marchés, et cela ne l’a pas empêché de perdre jusqu’à 50% dans les premiers mois de son IPO, en 2012. De son côté, Snapchat a réussi à obtenir tous les fonds dont il avait besoin auprès des fonds de venture, notamment des grands noms comme Benchmark ou encore Kleiner Perkins Capital Partners. Alors, pourquoi se lancer aujourd’hui ? Officiellement, Evan Spiegel veut offrir de la liquidité à ses actionnaires et plus de notoriété à la société. Mais il a aussi de bonnes raisons financières : en 2015, le board lui avait attribué 3% d’actions de préférence s’il parvenait à faire progresser les résultats et faire entrer la société en Bourse. Ce qui représente aujourd’hui une cagnotte supplémentaire de 720 millions de dollars
Le groupe peut-il convaincre les investisseurs boursiers qu’il est le prochain géant tech ? De deux choses l’une : il peut soit suivre la trajectoire de Facebook, qui a réussi à engranger de solides hausses de revenus quelques mois après son IPO, ce qui a projeté le titre, aujourd’hui en hausse de 260% en un peu moins de cinq ans. Soit celle de Twitter qui, après des débuts en fanfare en Bourse fin 2013, a périclité faute d’une stratégie efficace pour générer des revenus, et d’un management solide (le groupe a fait revenir Jack Dorsey, son fondateur et également CEO de Square).
Quoi qu’il en soit, l’enjeu est de taille pour le marché américain des IPO. Snap signe la plus grosse entrée en Bourse depuis celle d’Alibaba en 2014, et les IPO tech ont en particulier souffert l’an passé : elles ont reculé de plus de 50% à 4,3 milliards de dollars (contre 19 milliards amassés par les start-up sur le marché privé). Très suivie, l’opération Snap donnera donc le « la » pour les autres candidats potentiels, dont AppDynamics, Dropbox, Cloudera ou encore Spotify.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

