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La réforme fiscale, première grande croisade de Trump

Le Sénat pourrait voter aujourd’hui la réforme fiscale, qui va alourdir le déficit de 1.000 milliards de dollars et largement bénéficier au Président, malgré ses dires. Mais le marché, qui a déjà intégré ces baisses d’impôts pour les entreprises, n’est pas à l’abri d’un décrochage.
Donald Trump
Donald Trump

« Cela va me coûter une fortune », a encore martelé Donald Trump lors d’un discours dans le Missouri mercredi. Le Président américain, qui ne s’était quasiment pas impliqué dans les discussions sur la réforme de l’Obamacare, a cette fois pesé de tout son poids pour inciter le Congrès à voter l’immense réforme fiscale en un temps record. Ce dernier a grandement besoin de cette victoire politique, la première étape importante de ce début de mandat, après l’échec de la réforme santé. Mais pour ce faire, le président n’a pas hésité à lancer des affirmations trompeuses, comme celle selon laquelle il pâtirait personnellement de la réforme fiscale. Or, cela est faux dans la mesure où l’immobilier commercial est au contraire favorisé dans le texte actuel. Les changements dans les délais d’amortissement, la déductibilité des intérêts pour les biens réels ou encore la possibilité d’éviter l’impôt sur des ventes de propriété qui sont réinvesties sont autant de cadeaux faits aux développeurs immobiliers comme lui. Mais étant donné que Donald Trump n’a jamais fourni ses déclarations fiscales, il est impossible de le démontrer.

Une chose est sure : l’affirmation selon laquelle cette réforme serait financée par le rebond de croissance qu’elle va engendrer est fausse. Le Joint Committee on Taxation, un groupe non partisan d’experts fiscaux, a publié ses conclusions jeudi, quelques heures avant un vote prévu au Sénat : le texte actuel conduirait certes à une hausse de 0,8 point du PIB moyen sur les dix prochaines années, mais cela ne couvrira qu’un tiers des coûts, et il reviendra donc à alourdir la dette fédérale de 1.000 milliards de dollars sur cette période. De quoi remettre en cause les arguments de la Maison Blanche, et en particulier du secrétaire au Trésor Steve Mnuchin, qui plaide depuis plusieurs semaines que la réforme sera autofinancée. Des organisations favorables au texte, comme la puissante Koch Industries, ont répliqué que ces prévisions étaient fantaisistes car elles prenaient en compte un rythme trop agressif de hausse des taux par la Fed.

Cette nouvelle analyse est néanmoins un sujet d’inquiétude de plus pour les sénateurs républicains les plus attachés à l’orthodoxie budgétaire. Elle a ainsi conduit le Sénat à reporter un vote prévu jeudi soir, afin d’aménager le texte et de générer 500 milliards de dollars de revenus supplémentaires, via des coupes dans les programmes sociaux dont Medicare ou une hausse progressive de l’impôt sur les sociétés au-dessus de 20%. Mais la marge de manœuvre est très mince, dans la mesure où les principaux donateurs des républicains sont très attachés à cette réduction de l’impôt pour les corporates.

Vendredi à la mi-journée, les leaders républicains ont affirmé avoir suffisamment de voix pour voter cette réforme cruciale dans la journée. Les marchés n’en ont cure pour le moment car après avoir franchi un nouveau record historique à 24.000 points et grimpé de près de 10% sur trois mois, le Dow Jones était en baisse de 0,7% à midi. Les sociétés du S&P 500, qui vont certes bénéficier de l’amnistie fiscale sur leur cash détenu à l’étranger, ont déjà tiré parti des niches fiscales et ne paient en moyenne qu’un taux d’impôt de 27%, selon Goldman Sachs. Les investisseurs ont semble-t-il déjà largement intégré les bénéfices d’une telle réforme pour les entreprises, et pourraient vendre la nouvelle. Sans parler de l’éventualité d’un échec du vote, qui pourrait faire décrocher les marchés de 15% selon certains analystes.


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