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Sur les marchés

IPO : Spotify n’a pas vraiment fait d’économies

Le groupe de streaming musical lance son introduction en Bourse directe à New York ce matin, un cas de figure inédit pour un acteur de cette taille. Mais s’il ne vend pas de titres, il n’a pu faire l’impasse sur trois banques conseils et leurs 40 millions d'euros de commissions.
Spotify 2
Spotify 2

Après un début de semaine très difficile à la Bourse de New York pour le lundi de Pâques, tous les regards sont tournés vers la star du jour : le suédois Spotify, qui va entrer en Bourse aujourd’hui, dès lors qu’il aura fixé le prix d’entrée de son action. Le groupe de streaming musical a choisi une méthode peu orthodoxe, qui pourrait faire mouche si tout se passe bien pour lui : il procède à une introduction directe de ses titres, sans augmentation de capital ni cession de titres. La firme dirigée par Daniel Ek a déjà prévenu qu’en l’absence de banque teneuse de livres qui joue le rôle d’agent stabilisateur, le titre pourrait varier fortement lors de sa première séance de Bourse, avant de trouver son rythme de croisière.

A ce stade, deux scénarios sont possibles : d’une part, le titre pourrait bondir en raison de l’intérêt du public pour ce leader mondial de l’écoute de musique en ligne. Spotify compte 71 millions d’utilisateurs payants sur un modèle d’abonnement mensuel, soit presque le double que son concurrent direct, Apple Music. Mais de l’autre, il a aussi creusé ses pertes l’an passé, avec près de 400 millions d’euros de pertes opérationnelles et de 230 à 330 millions d’euros prévues cette année. Le groupe assume publiquement de privilégier la croissance aux profits pour le moment, avec un objectif de hausse de 30% des revenus et de 36% des membres payants cette année. Mais il faudra aussi compter sur la fébrilité que pourrait entraîner la volatilité des titres, ce qui pourrait les faire plonger lors de ce premier jour en Bourse.

Le choix de ce process inhabituel est celui du CEO Daniel Ek, qui considère qu’une IPO classique n’était pas le bon modèle pour la société. Mais le groupe, qui a levé plusieurs tours de table – dont le dernier de 400 millions d’euros en 2015 – doit aussi offrir des portes de sortie à ses investisseurs venture. Pour cette IPO, il a mandaté Morgan Stanley, accompagné de Goldman Sachs et Allen & Co pour organiser l’opération, et anticipe de payer un total de 35 à 40 millions d’euros de commissions, selon ses prévisions financières envoyées à la SEC. Ce montant paraît important car il représente les deux tiers de ce qu’a payé Snap lors de son IPO de grande envergure, lorsqu’il a levé 3,4 milliards de dollars sur une valorisation légèrement inférieure à 20 milliards.

Certes, cette opération n’est pas vraiment glorieuse dans la mesure où le titre a chuté de plus de 30% sur son prix d’entrée, mais Snap avait payé des fees représentant 3% de l’ensemble de l’IPO. Selon Bloomberg, si Spotify met en Bourse 1 milliard de dollars de titres ce mardi, les commissions auront représenté 4 à 5% de l’opération, soit des frais importants surtout qu’elles n’ont pas participé aux réunions avec les investisseurs et n’offrent qu’un accompagnement financier limité lors de cette cotation. Pour l’instant, le prix murmuré serait de 160 à 165 dollars par action, soit une capitalisation boursière de près de 30 milliards de dollars. Spotify a certes offert l’image d’un groupe aux poches profondes, qui n’a pas besoin d’argent frais lors de son IPO, mais cela a eu un coût, notamment avec des banquiers habitués à ces lucratives missions.


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