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Un accord en demi-teinte

Les dirigeants ont confirmé les annonces sur le renforcement de la discipline budgétaire, mais tout cela sera noyé dans l'UE à 27. Les sujets difficiles sur le rôle de la BCE et les eurobonds ont été évités.
Après une semaine d'accalmie sur les marchés, dans l'espoir que les dirigeants proposent enfin une solution complète et efficace à la crise de la dette, la réponse apportée par les dirigeants hier soir laisse dubitatif. Pour le moment, le document publié ne fait que confirmer les annonces des dernières semaines sur le renforcement de la surveillance budgétaire. A savoir la mise en place de sanctions automatiques en cas de déficit supérieur à 3% du PIB et l'inscription de règles d'or imposant un retour à l'équilibre budgétaire dans toutes les Constitutions des Etats signataires. Une avancée de taille selon Natacha Valla, directeur exécutif responsable de la recherche macroéconomique chez Goldman Sachs à Paris. "Jusqu'à présent, les traités n'avaient pas prévu d'éventuelle sortie d'un Etat de la zone euro. Les dirigeants sont désormais en train de mettre en place des outils destinés à éviter à tout prix une telle option". Ainsi, selon l'économiste, l'instauration de règles d'or et de sanctions permettent de poser des jalons juridiques au niveau européen et de rassurer les marchés. Enfin, le document de conclusion publié tôt ce matin prévoit un droit d'intrusion européen accru dans la préparation des budgets nationaux. Les pays qui recevront une aide de l'Europe pourront être placés sous tutelle. Pourtant, les dirigeants européens ont écarté les points de discussion plus difficiles, notamment la création d'eurobonds, le rôle de la BCE ou encore le fonctionnement concret de la surveillance budgétaire mutuelle des Etats ex ante. Selon Florence Pisani, économiste chez Dexia, la mise en place d'un projet européen clair ne suffira pas à mettre fin à la crise. "Les autorités devront aussi simultanément mettre un plafond aux taux d'intérêt des obligations souveraines, via le FESF, la BCE ou des eurobonds". Surtout selon elle, "l'Europe doit reconnaître que la situation économique va s'aggraver fortement et qu'il est donc absolument nécessaire de mettre en place des mesures pour soutenir la croissance". Ce qui n'a pas non plus été abordé hier. La possibilité pour la BCE de racheter davantage de dette souveraine, une fois que les Etats se seront engagés à des mesures pour réduire leurs déficits, n'est cependant pas définitivement exclue, malgré les propos de Draghi hier. "La BCE ne communique jamais ex ante sur ses rachats de dette. Surtout, elle n'avait certainement pas intérêt à lâcher du lest hier, alors qu'elle attend des avancées majeures de la part des Etats à l'issue du sommet", explique Natacha Valla. Principal point noir de l'accord européen : la Grande-Bretagne et la Hongrie ont annoncé qu'ils n'y participeraient pas, tandis que la République tchèque et la Suède souhaitent tout d'abord mener des consultations internes. Un signal négatif envoyé aux marchés, soulignant la difficulté chronique des Etats à s'entendre et la perte de temps que ce type de consultations entraîne systématiquement. Surtout, selon les économistes d'Exane, "les processus décrits risquent d'être noyés dans les institutions de l'UE à 27". Puisque c'est la zone euro qui pâtit de la crise depuis deux ans, les changement de traités auraient dû être cantonnés à 17.
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