Les investisseurs ont-ils tourné la page de la crise de l'euro?
Les hedges sont de nouveau bullish sur l'euro, les Bunds et OAT ont repassé les 2% et les périphériques se refinancent à des taux raisonnables. Sortie de crise ou simple détournement des USA?
Après avoir décrié l'euro, prétendu qu'il avait fait long feu et incité les marchés à se débarrasser de cette monnaie risquée, les hedge funds ont changé leur fusil d'épaule. Et sont de nouveau bullish vis-à-vis de la monnaie unique. Certes l'euro est en baisse depuis deux semaines, mais c'est après avoir connu une hausse sensible tout au long de l'été puisqu'elle est passée de 1,27 dollar début juillet à 1,33 fin août avant de redescendre autour de 1,3111 actuellement. Soit une hausse de près de 5% en moins de deux mois. Rappelons qu'au plus fort de la crise de la dette, en juin 2010, l'euro avait chuté à 1,1877 dollar et qu'il s'échangeait encore à 1,20 en juillet 2012, avant que Mario Draghi n'annonce qu'il ferait tout pour sauver la monnaie unique.
Selon le US Commodity Futures Trading Commission, les achats de hedges en monnaie unique sont au plus haut depuis 2011et l'euro est toujours l'un des plus représentés au sein des réserves mondiales, bien au-dessus des niveaux de 1999 (24% des réserves mondiales en mars, contre 17% en septembre 2000). C'est la monnaie la plus échangée après le dollar selon la Banque des Règlement Internationaux et elle représente 33% des 5300 milliards de dollars de devises échangés chaque jour.
Tout ceci souligne le regain d'attrait des marchés pour la monnaie unique et est un premier signe de la confiance retrouvée dans la zone euro, dont la crise semble s'éloigner. Et si l'euro est en baisse depuis deux semaines, c'est davantage à cause de l'approche du changement de politique monétaire aux Etats-Unis que d'une modification du sentiment des investisseurs à l'égard de l'euro. Les marchés anticipent un relèvement progressif des taux directeurs américains, tandis qu'à l'inverse la BCE maintiendra sa politique accommodante, donc le dollar devrait continuer à s'apprécier.
Autre témoignage de bon augure pour la zone euro: la baisse significative des taux d'intérêt des titres périphériques. Hier, l'Espagne a placé 2,4 milliards d'euros à dix ans à un rendement de 4,5%, un plus bas depuis trois ans. Et les titres italiens s'échangent actuellement à 4,56%, contre plus de 7% en juillet 2012. Dans le même temps, les taux allemands sont repassés au-dessus de 2% -ils se traitaient aujourd'hui à 2,03%- tandis que la France émettait hier des titres à dix ans en forte hausse. Preuve que les investisseurs reviennent progressivement vers des titres plus rémunérateurs, et que la valeur refuge du Bund et de l'OAT joue moins. Une bonne nouvelle pour la zone euro donc, car cela montre que les investisseurs tournent progressivement la page de la crise de la dette.
Il ne faudrait cependant pas crier victoire trop tôt. Car ce changement de position à l'égard des titres européens plus risqués et de la monnaie unique résulte aussi de ce que les Etats-Unis ont permis de détourner l'attention de la communauté financière. Dans l'attente d'une décision concernant le programme d'assouplissement monétaire américain, les investisseurs sont sans doute moins attentifs aux problématiques européennes. Or l'Espagne est encore en grande difficulté financière (taux de chômage record et restructuration du système bancaire), tandis que l'Italie n'est pas à l'abri d'une nouvelle crise politique. Il faudra donc encore attendre quelques mois et le début de l'année prochaine pour connaître le réel sentiment des investisseurs à l'égard de l'Europe. Et, outre-Atlantique, l'accueil réservé au nouveau président de la Fed.
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17/09/2021 - 10:31

