Un chevalier blanc pour Telecom Italia?
Sur le dossier brûlant de Telecom Italia, les rebondissements tombent souvent en fin de journée, et en cascades. La soirée de jeudi a ainsi été riche en événements : cela a commencé avec l’Asati, l’association regroupant les actionnaires minoritaires de Telecom Italia avec 1% du capital, qui a publié une lettre dans laquelle il apporte son soutien à l’activiste Elliott et recommande la nomination de ses six candidats aux postes d’administrateurs du groupe. Elle «considère essentiel que tous les actionnaires autres que Vivendi apportent enfin un board indépendant ».
Elle a ainsi invité tous les actionnaires à voter pour le nouveau comité d’audit, mais aussi la révocation des administrateurs de Vivendi afin de démontrer que le groupe n’est pas « sous la coupe de son actionnaire majoritaire », et juge la proposition d’Elliott « raisonnable selon nous, pour un équilibre entre les actionnaires les plus exposés ». Enfin, elle se prononce en faveur de la confirmation d’Amos Genish au poste de CEO, un « professionnel compétent qui s’adaptera à la nouvelle gouvernance (…) dans l’espoir qu’il poursuivra l’intérêt de tous les actionnaires, et pas seulement ceux qui exercent un contrôle de facto avec de potentielles distractions ».
Cette missive est tombée juste avant que Vivendi n’annonce par communiqué la liste de ses nouveaux candidats administrateurs. Il a proposé Amos Genish comme CEO, Arnaud Puyfontaine comme président non exécutif de Telecom Italia, ainsi que les administrateurs déjà présents au board avant leur démission collective : Frédéric Crépin, Anna Jones, Camilla Antonini, Marella Moretti, Franco Bernabè et Stéphane Roussel. Mais deux nouveaux noms ont été ajoutés : Michele Valensise, ancien secrétaire général du Ministère des Affaires Etrangères entre 2012 et 2016, et Giuseppina Capaldo, professeur de droit à l’université de Rome et diplomate italienne.
Le groupe de Vincent Bolloré estime avoir apporté les garanties nécessaires, notamment face à un Etat italien sur le qui-vive : « En présentant cette liste, nous avons écouté attentivement les points de vue des actionnaires et des autres parties prenantes clés de Telecom Italia. Nous avons apporté des changements afin de renforcer la compétence technique du Conseil d’administration et d’élargir son éventail d’expertises et d’opinions », a-t-il ainsi déclaré. Le CEO Amos Genish avait d’ailleurs veillé à calmer le jeu avec les autorités italiennes lors d’une interview aux Echos ce mardi, estimant que Vivendi avait été « un peu maladroit par moments et doit donner un nouvel élan à ses relations avec Rome ».
Mais les autorités italiennes ne l’entendent pas de cette oreille, et ont relancé les hostilités dès jeudi soir, lorsque la CDP, établissement public émanant du Trésor italien, a annoncé qu’il allait progressivement monter à 5% du capital de Telecom Italia, dans le cadre de sa mission de soutien des infrastructures stratégiques nationales. Dans ce cas de figure inhabituel, les intérêts de l'Etat italien et de l'activiste Elliott sont alignés, qui souhaitent organiser la scission du réseau fixe pour préserver ce service d'intérêt national, tandis que Vivendi préfère garder cette activité qu'il juge indispensable à la valeur de l'ensemble. Le plan échafaudé par Vincent Bolloré pour créer un grand empire italien - puis européen - des télécoms et médias est de plus en plus contrarié, surtout depuis l'alliance annoncée entre Mediaset et Sky. Et Vivendi n'a plus que très peu de temps pour faire pencher la balance en faveur de son projet lors de l'AG de Telecom Italia.
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