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Politique européenne
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Comment Merkel a envoyé promener Macron... à propos de la zone euro ! 

Dimanche et lundi, la Chancelière allemande a pris la plume pour faire une gentille croix sur le projet de budget européen et de fonds monétaire européen auquel tenait tant Emmanuel Macron. Avant de reprendre en main la gouvernance de la BCE.
Merkel Macron
Merkel Macron

Angela Merkel a beau être la fille d'un pasteur luthérien, elle peut être plus jésuite que n'importe quel disciple d'Ignace de Loyola. En témoignent l'interview qu'elle a donnée dimanche au prestigieux Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung et le discours qu'elle a tenu lundi sur les réformes à mener dans le continent européen.

Indirectement, mais de manière très nette, elle a répondu aux trois injonctions que lui avait faites Emmanuel Macron en septembre dernier : création d'un poste de ministre des Finances de la zone euro, création d'un budget d'investissement européen et création d'un Fonds monétaire européen pour venir en aide aux pays impécunieux.

Sur le premier point, la réponse avait déjà été faite en février dernier lors de la rédaction du projet de coalition entre le SPD et la CDU, où le sujet du ministre des Finances de la zone euro avait été évacué. Emmanuel Macron attendait donc avec impatience sa réponse sur les deux derniers points. Le moins que l'on puisse dire, c'est que la pilule est dure à avaler pour le locataire de l'Elysée. Bien sûr la Chancelière dit oui aux deux propositions tout en les vidant immédiatement de leur substance.

Par exemple : s'agissant du budget d'investissement de la zone euro, la Chancelière s'est dit enthousiasmée, à condition que son montant soit de 10 milliards d'euros environ et qu'il ne serve qu'à investir dans la croissance et l'innovation, et plus spécifiquement dans l'intelligence artificielle. Voilà une proposition que personne ne peut rejeter mais qui est très éloignée du budget de 10.000 milliards d'euros que projetait Emmanuel Macron... qui se retrouve transformé en "dindon de la farce franco-allemande".

S'agissant du Fonds Monétaire Européen, la Chancelière a été très claire. C'est une très bonne idée. A condition que son rôle consiste à rétablir la solvabilité des Etats grâce à des instruments adaptés ; comprenez des politiques d'austérité, comme celle que l'Allemagne a réussi à imposer - avec succès - à la Grèce.

La stratégie d'Angela Merkel, qui en est à son quatrième mandat et qui peut dire ce qu'elle pense, consiste donc à accepter a priori les idées "macroniennes", tout en les vidant immédiatement de leur contenu. De la sorte elle monnaye le soutien de la France dans son but ultime : récupérer le contrôle de la Banque centrale européenne (dont le président changera fin 2019). Comme elle l'a dit hier, citant le philosophe Emmanuel Kant : "Celui qui n'a pas de but doit endurer son destin ; celui qui a un but peut le façonner". 

La tragi-comédie dont Emmanuel Macron est l'acteur involontaire se joue donc en trois actes. Le premier a eu lieu en février dernier avec la nomination du ministre de l'Economie espagnol - Luis de Guindos - au poste de numéro deux de la Banque centrale européenne. Ce candidat de l'austérité monétaire, soutenu par les Français, est une première concession faite à l'Allemagne. L'acte 2, qui a eu lieu dimanche et lundi, porte sur la plateforme commune concernant les nouvelles institutions européennes, où les idées d'Emmanuel Macron ont été piétinées en beauté. Quant à l'acte 3, il se jouera en octobre 2019 à l'échéance du mandat de l'actuel président de la BCE (et bête noire des Allemands) Mario Draghi. Angela Merkel compte bien remplacer cet "homme du Sud" par un "homme du Nord". Et pour elle, ce ne peut être qu'un Allemand...

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