Le suremploi, nouveau mal de l'Amérique
Cette statistique laisse rêveur de ce côté de l'Atlantique. Mardi, le Département du Travail a publié le nombre d'offres d'emplois, qui a augmenté à 6,7 millions à fin avril, soit un record historique depuis le début des années 2000. Surtout, il est supérieur au nombre de demandeurs d'emplois, qui s'établissait à 6,3 millions d'américains sur le même mois. Ces chiffres sont cohérents avec le taux de chômage, qui est tombé à un plus bas depuis avril 2000, à 3,8% en mai. Il n'est même jamais redescendu sous ce niveau depuis 1969, date à laquelle le pays envoyait nombre de jeunes hommes à la Guerre du Vietnam.
Cette situation quasiment inédite oblige les entreprises à faire le maximum pour embaucher et pour fidéliser leurs salariés, comme proposer plus d'avantages sociaux, de flexibilité ou encore des hausses de salaires. Cela risque donc de peser sur leurs coûts fixes, et par conséquent leurs profits, ce qui représente un vrai challenge si elles ne parviennent pas à répercuter ces frais sur leurs prix dans un premier temps. Ce contexte risque aussi de faire décoller une inflation jusqu'à présent assez atone, et d'obliger la Fed à accélérer son rythme de hausse des taux, ce qui en retour pourrait jeter un coup de froid sur la croissance. Les rémunérations horaires ont déjà progressé de 2,8% en mai, soit au-dessus de l'objectif de 2% fixé par la Réserve Fédérale.
Certes, il convient de relativiser ces statistiques, où les anciens chômeurs sont régulièrement rayés des listes et qui obligent nombre d'américains qui travaillent à temps partiel, faute de trouver des emplois à temps plein. Ainsi, plus de 1,5 million d'emplois ouverts en avril concernaient l'hôtellerie, la restauration ou encore le retail, des emplois considérés comme précaires. Ces chiffres devraient continuer à augmenter, tout comme ceux concernant le secteur manufacturier, si la grande réforme fiscale passée en fin d'année dernière a les effets escomptés, et que les corporates investissent et recrutent de la main-d'oeuvre. Mais la pénurie devrait être de plus en plus accablante, si bien que les entreprises n'auront d'autre choix que de recruter à l'étranger - et trahir le fameux "America First" cher à Donald Trump - ou de faire venir des immigrés. Une alternative qui provoque l'ire du Président américain, mais serait pourtant la clé vers sa précieuse croissance à 4%.
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