Yellen laisse sa place
Janet Yellen a donc fait ses adieux hier soir aux membres du comité de politique monétaire de la Fed, alors qu'elle tenait sa dernière réunion en tant que présidente de la vénérable banque centrale, qu'elle aura dirigée pendant quatre ans. Si elle n'a finalement pas été renouvelée dans ses fonctions par le Président Donald Trump, qui a longtemps laissé planer le doute, elle n'a pas à rougir de son mandat. L'économie américaine progresse désormais autour de 3%, l'inflation se rapproche de l'objectif visé par la Fed de 2%, et le taux de chômage est à un plus bas de 17 ans. Rappelons que la banque centrale américaine, à la différence de la BCE, possède un double objectif de stabilité des prix et d'équilibre du marché du travail, ce que Janet Yellen a donc accompli avec succès.
La présidente est également parvenue à entamer le resserrement monétaire, avec trois hausses de taux depuis décembre 2015, et ce sans perturber les marchés ni casser la croissance. Enfin, elle laisse derrière elle un marché financier plus stable et sécurisé, après avoir refusé de revoir à la baisse les exigences en matière de régulation. Un argument qui a sans doute joué en sa défaveur aux yeux du Président Trump, qui lui a préféré un ancien banquier et gérant d'actifs, plus favorable à la déréglementation. "Janet Yellen a mis la barre très haut, et son successeur aura du mal à faire aussi bien", commente ainsi James Knightley, économiste chez ING à Londres, qui rappelle que les marchés ont progressé de 60% sous le mandat de l'ex-Présidente.
Lors de sa dernière réunion de politique monétaire, Janet Yellen n'a en tout cas pas cherché à surprendre les marchés mais plutôt à préparer le terrain pour Jerome Powell : si les taux directeurs ont été maintenus à leurs niveaux actuels (dans une fourchette comprise entre 1,25% et 1,50%), le verbiage employé par Janet Yellen laisse penser que les gouverneurs s'attendent à une reprise de l'inflation un peu plus rapide que prévu. Le commentaire selon lequel les prix resteront proches mais inférieurs à 2% a ainsi été retiré, et le communiqué précise que "les facteurs de remontée de l'inflation ont progressé dans les derniers mois".
La Fed s'est également montrée légèrement plus optimiste que lors du dernier FOMC concernant les perspectives de croissance du pays, ce qui devrait permettre de "continuer à remonter progressivement les taux d'intérêt". Selon les anticipations des gouverneurs (Fed dots), la Fed devrait remonter ses taux à trois reprises cette année, en commençant dès le FOMC du 24 mars présidé par Jerome Powell. A moins d'un nouveau shutdown ou de chiffres décevants de l'inflation, qui repousseraient la première hausse au printemps. Pour l'instant, les marchés anticipent plutôt deux hausses de taux pour 2018, et il reviendra donc au successeur de Janet Yellen de les convaincre de l'accélération du resserrement monétaire. Le dernier discours de Yellen un tout petit plus "hawkish" que prévu, va en tous cas l'aider à faire passer le message : selon les données du CME, la probabilité d'au moins quatre hausses de taux par la Fed cette année a progressé de quatre points hier soir, ce qui a fait grimper le rendement des Treasuries à 10 ans jusqu'à 2,754% mercredi, un plus haut depuis avril 2014.
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