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Italie, les mini-bons du trésor sont-ils une menace pour la monnaie unique ?

Les deux partis populistes italiens envisagent de mettre en place des reconnaissances de dette pour permettre à l'Etat de solder ses arriérés de paiement. Une mesure qui risque de faire bondir la dette du pays, et Bruxelles du même coup !
Rome - Italie - Colisée
Rome - Italie - Colisée

Si Luigi di Maio et Matteo Salvini, les deux leaders des partis d'extrême droite et gauche italiens, la Ligue et le Mouvement Cinq Etoiles, n'ont toujours pas dévoilé la composition finale de leur gouvernement de coalition, leur programme économique et politique a lui été rendu public en début de semaine. Et il n'a pas vraiment permis d'apaiser les craintes des investisseurs quant à la future gestion des finances publiques du pays. Un nouvel élément notamment a hérissé les marchés et Bruxelles : la proposition de créer des mini-bons du Trésor, sortes de reconnaissances de dette qui permettraient à l'Etat de solder ses arriérés de paiement auprès de ses créanciers et fournisseurs.

Ces mini-BOTS (Buono Ordinari del Tesoro), seraient assortis de coupons nuls, précise Yvan Mamalet, analyste à la Société Générale, sans échéance maximum et d'un montant inférieur à 1.000 euros. D'où l'appellation de mini-BOTS puisque les titres habituels de court terme italiens doivent être supérieurs à 1.000 euros. Ces mini-BOTS devraient in fine être utilisés pour payer certaines taxes ou comme moyen de paiement au sein de l'administration centrale.

Le principal risque que constituent ces reconnaissances de dette est que le gouvernement oblige ses fournisseurs à les accepter comme moyen de paiement. "Il y a de fortes chances ensuite pour que les dépôts bancaires soient convertis dans cette nouvelle monnaie à un taux beaucoup plus faible, entraînant le risque d'un bank run massif dans le pays", poursuit Yvan Mamalet. Qui ajoute que ces IOU (I Owe You, reconnaissance de dette en anglais), utilisés comme moyen de paiement seraient échangés à un niveau inférieur à l'euro. Le gouvernement devrait dès lors mettre en place des contrôles de capitaux, fermer les banques sur une période donnée et limiter les retraits.

Autre menace de ces mini-BOTS, le fait qu'ils risquent d'augmenter la dette publique. Sachant que le futur gouvernement italien a par ailleurs annoncé des mesures économiques très coûteuses, telles que la mise en place d'un revenu universel et des allègements fiscaux massifs. Certes, les arriérés de paiement de l'Italie représentent autour de 3% du PIB (50 milliards d'euros), selon les estimations d'Eurostat : les besoins initiaux de mini-BOTS et leur émission n'auraient donc au début qu'un impact limité sur l'endettement global du pays situé à 2.400 milliards d'euros. "Mais les émissions de mini-BOTS devraient croître au fur et à mesure que le déficit augmentera et que le gouvernement recyclera ces IOU dans l'économie. Si la mesure fonctionne, elle devrait également inciter le gouvernement à accroître l'utilisation de tels instruments financiers", avertit encore l'analyste de la Société Générale. Si ces instruments étaient in fine davantage utilisés que l'euro comme moyen de paiement dans le pays, le risque serait bien sûr que l'Italie sorte de la monnaie unique. "La mise en place d'une devise parallèle a souvent été considérée comme la première étape d'une sortie de la Grèce de la zone euro au moment de la crise de la dette", rappelle l'économiste.

On comprend dans ces conditions, l'inquiétude des investisseurs et l'évolution de la monnaie unique depuis le début de semaine. L'euro a ainsi baissé de près de 1% contre le dollar depuis vendredi et se traitait ce matin à 1,1729, en retrait de 0,4%. Le rendement des obligations italiennes à dix ans a de son côté bondi passant de 1,83% début mai à 2,49% aujourd'hui. Et il devrait continuer de progresser tant que le nouveau gouvernement n'aura pas expliqué en détail son programme, et rassuré - ou pas - Bruxelles concernant son engagement à respecter des critères de Maastricht. Mais vu les mesures économiques envisagées par les deux partis, il est peu probable que le pays parvienne à contenter la Commission... Selon les calculs de Capital Economics, le programme économique devrait atteindre 60 milliards d'euros de dépenses par an, soit 3,5% du PIB italien. Ce qui ferait grimper la dette du pays de 132% du PIB actuellement à 150% du PIB en cinq ans. Et leurs calculs n'avaient alors pas pris en compte la possible mise en place de mini-BOTS. 

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