Les milliardaires américains s’écharpent sur la réforme fiscale
De plus en plus, les esprits s’échauffent sur la réforme fiscale qui, pour certains financiers milliardaires de Wall Street, pourrait s’avérer ne pas être le grand cadeau annoncé. Lundi, le Département du Trésor a provoqué les plus vives critiques lorsqu’il a publié un document d’une seule page - 489 mots exactement - pour analyser un projet de 500 pages, et expliquer que la réforme suffirait à se financer d’elle-même. Le ministère anticipe ainsi que le texte contribuera à faire bondir la croissance à un rythme annuel de 2,9% sur dix ans – contre 2,2% pour la plupart des autres organismes – soit 1.800 milliards de dollars de revenus. Cela couvrira la facture de 1.500 milliards de dollars de la réforme fiscale, et même un excédent de 300 milliards de dollars. Cela est beaucoup plus optimiste que la grande majorité des autres rapports, notamment celui du Comité joint sur la fiscalité qui regroupe les deux partis au Congrès, et prévoit une ardoise de 1.000 milliards de dollars.
Il n’en a pas fallu plus pour déclencher l’ire de certains financiers contre le secrétaire au Trésor. Michael Novogratz, ancien patron du hedge fund Fortress et aussi de Goldmans Sachs, s’est ainsi exclamé : « Steve Mnuchin n’a même jamais modélisé ce truc – idiot, IDIOT », ajoutant « Gary Cohn ne devrait plus pouvoir vivre avec lui-même » à propos du conseiller économique de Donald Trump et artisan du texte. De l’autre côté du spectre, le célèbre gérant John Paulson a défendu la version actuelle de la réforme fiscale lors d’un dîner de charité organisé à New York hier soir. « Cela est bien plus réaliste que le ‘trickle down’ (effet de transmission des gains des plus riches vers les plus pauvres, ndlr), c’est un raz-de-marée. Les Etats-Unis ont un taux d’impôt très peu compétitif. Nous voulons que les sociétés soient basées ici, cela crée des emplois », a-t-il indiqué.
Or, c’est bien l’attractivité de ce texte pour les VIP de Wall Street qui inquiète. Car si la réforme fiscale met en place des coupes majeures dans les taux d’impôt pour les entreprises et particuliers, la mouture actuelle a retiré les déductions que les contribuables peuvent appliquer sur leurs impôts fédéraux, à partir des impôts payés à l’Etat et à la ville. Cela est très néfaste aux Etats et villes qui ont des impôts très élevés, comme New York et la Californie. Si bien qu’après avoir adoubé Donald Trump du bout des lèvres pour obtenir les cadeaux fiscaux annoncés, certains pontes de Wall Street grincent des dents.
Mais ce ne seront finalement pas les premières victimes, car ils ont plusieurs résidences et de nombreuses options de résidence fiscale. Bruce Richards, patron de Marathon AM et lui aussi présent à cette soirée, l’a reconnu auprès de Bloomberg : « La vérité est que la plupart d’entre nous avons des maisons en Floride, à Miami ou Palm Beach. Je ne passe pas tant de temps à New York de toute façon, j’ai des bureaux à Londres et Singapour ». Idem pour Michael Minikes, vice-chairman du prime brokerage chez JP Morgan, qui est domicilié à Palm Beach, dans un Etat plus favorable au plan fiscal et qui pourrait bientôt concurrencer New York pour accueillir les institutions financières.
Les deux chambres sont encore en pleines négociations pour définir la version finale du texte, qui devrait être votée et mise sur le bureau de Donald Trump d’ici à Noël, soit dans dix jours. Les arbitrages sont cruciaux : un taux d’impôt sur les sociétés à 21% au lieu de 20% et une tranche haute d’impôt sur les revenus à 37% au lieu de 39,6% et la déduction des intérêts d’emprunt jusqu’à 750.000 dollars, compromis entre les deux textes. Mais deux sénateurs, Susan Collins du Maine et Marco Rubio de Floride, tiquent encore sur ces provisions. Or les républicains, qui ont perdu un siège au Sénat hier soir après la défaite de Roy Moore en Alabama – accusé par plusieurs femmes d’attouchements lorsqu’elles étaient mineures – n’ont plus qu’un seul siège de majorité à la Chambre haute. Le discours de Donald Trump prévu cet après-midi sur le sujet devrait leur mettre encore un peu plus de pression sur les épaules.
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