IPO de Royal Mail et d'Hilton: deux tests de marché
La privatisation de la Poste britannique et la cession des hôtels Hilton par Blackstone aux Etats-Unis n'ont pas grand chose à voir, mais toutes deux ont des points faibles, donc leur accueil sera révélateur.
Attendue depuis plusieurs mois, l'introduction en Bourse de Royal Mail, La Poste publique britannique qui existe depuis près de 500 ans, a enfin été officialisée ce matin par le gouvernement, et le Secrétaire au Commerce Vince Cable a même affirmé que c'était "un grand jour pour Royal Mail, ses clients et ses employés". L'homme politique peut en effet savourer cette journée, ce très vieux projet ayant été barré en son temps par Magaret Thatcher, puis abandonné par le gouvernement travailliste.
Dans le détail, les pouvoirs publics ambitionnent de mettre en Bourse la majorité du capital et de distribuer 10% de parts gratuites aux quelque 150 000 salariés du groupe. Il en attend environ 3 milliards de livres, même si le cours de la société tourne plutôt autour de 2,8 à 2,9 milliards sur le marché gris.
Le profil de la société n'est certes pas idéal: Royal Mail a généré 9,3 milliards de livres de revenus pour un profit opérationnel de 403 millions de livres lors de son dernier exercice, mais a de plus en plus de mal à assumer les coûts d'un fonctionnement six jours sur sept et du tarif unique quelle que soit la destination. Il est de plus en plus concurrencé par de nouveaux acteurs et la montée en puissance de l'e-commerce, qui a recours à des prestataires annexes. Surtout, le groupe est gangréné par l'activisme de ses syndicats, qui refusent les réformes et sont vent debout contre le projet d'IPO. Les négociations sont en cours avec le management emmené par Moya Greene, mais il se pourrait qu'il ne puisse éviter l'organisation de grèves.
En attendant, Royal Mail fait en sorte de rendre son introduction en Bourse la plus attractive possible. Il a d'ores et déjà musclé sa situation financière en annonçant de nouvelles lignes de crédit pour 1,4 milliard de livres, et a annoncé qu'il distribuerait 50% de ses profits comme dividendes. Cela aboutit à un dividend yield de 7%, soit de robustes entrées de cash en vue pour les actionnaires, et c'est sur ce segment "value" plutôt que de croissance que le groupe veut miser. Et compter bien sûr sur la notoriété de ce nom pour attirer le grand public.
L'enjeu est important: pouvoir se financer sur les marchés à de meilleures conditions, alors que le taux d'intérêt moyen de ses emprunts atteint aujourd'hui 8,8%. Mais le titre pourrait se retrouver confronté à une volatilité technique: s'il passe la barre des 3 milliards de livres de capitalisation boursière, il intègrera le FTSE100 et sera automatiquement acheté par les trackers, mais sera revendu s'il en est déclassé. Ce qui devrait attirer les spéculateurs mais être rédhibitoire aux yeux des investisseurs de long terme.
Autre lieu, autre style: Blackstone vient de déposer le prospectus d'introduction d'Hilton, qui souhaite lever 1,25 milliard de dollars sur les marchés. Hilton est un symbole des LBO géants orchestrés avant la crise, lorsque le fonds américain avait racheté le groupe hôtelier pour 18 milliards de dollars en 2007, et repris simultanément 7 milliards de dette. Après avoir dû affronter le retournement de marché et restructuré la dette, l'actionnaire de ces quelque 4 000 hôtels de luxe situés dans 90 pays veut tirer parti du rebond de l'immobilier commercial outre-Atlantique. Mais il ne sera dans un premier temps pas vendeur, la documentation indiquant que la levée de fonds servirait à "rembourser sa dette et financer les besoins généraux du groupe". Mais cela pourrait ne pas suffire à convaincre les investisseurs qui ne veulent pas servir à refinancer la dette colossale contractée lors des LBO.
En tout état de cause, les accueils réservés à ces deux opérations devraient être révélateurs de l'activisme du marché. Aux Etats-Unis, le carton plein enregistré par l'émission de Verizon Wireless laisse penser que les investisseurs devraient réponde présents. En sera-t-il de même en Europe, avec les bijoux de famille de l'Etat britannique? Son issue pourrait donner le ton des IPO de cette fin d'année.
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17/09/2021 - 10:31

