Vivendi/Ubisoft : contre mauvais cœur, bonne fortune
« Bien mal acquis ne profite jamais », dit-on ? En tout cas, Vivendi n’aura pas réussi à obtenir gain de cause chez Ubisoft. Après être entré par surprise au capital de l’éditeur de jeux vidéo en octobre 2015, le groupe de Vincent Bolloré a finalement capitulé ce mardi et a conclu un accord avec la famille fondatrice Guillemot pour céder l’intégralité de ses 27,3% au capital. Dans le détail, cette opération est divisée en trois parties : un placement privé, qui voit notamment le fonds de pension canadien Ontario Teachers et le Chinois Tencent prendre respectivement 3,4% et 5% du capital. Ubisoft en profite aussi pour signer un partenariat stratégique avec ce dernier, si bien que ses jeux vidéo seront désormais édités et distribués sur le marché chinois. Mais aussi la vente de 2,7% des titres aux frères Guillemot, couverts par Crédit Agricole CIB, et le reste cédé à Ubisoft pour annulation.
Du côté de Vivendi, ce dossier épineux se solde de la meilleure des manières : une très belle plus-value. Le placement, réalisé par JP Morgan assisté de Crédit Agricole CIB, s’est fait sur un prix de 66 euros par action, soit un prix total de 2 milliards d’euros et une plus-value de… 1,2 milliard d’euros. Une culbute à faire pâlir d’envie les meilleurs gérants d’actifs, après seulement deux ans et demi de détention. Car outre la passe d’armes qui a fait régulièrement monter le titre pendant cette période, le troisième éditeur mondial de jeux vidéo a continué sa croissance avec des titres à succès, et a musclé ses revenus numériques, améliorant ainsi ses marges. Cela a rendu une OPA encore plus coûteuse pour Vincent Bolloré, qui a finalement décidé de jeter l’éponge et de solder cette aventure au meilleur prix, afin d’aligner ses pions italiens.
Cette opération signe la fin d’une guerre ouverte avec la famille fondatrice Guillemot, qui s’est battue bec et ongles pour préserver son indépendance. Dès le départ, cette dernière a renforcé sa position au capital, montant à plus de 20% des droits de vote, et est parvenue à écarter son premier actionnaire du conseil d’administration. Alors que Vivendi a toujours mis en avant son projet de création d’un grand groupe paneuropéen de divertissement avec la télé, la musique, le cinéma et les télécoms, Ubisoft lui a systématique rétorqué que l’intrusion de ce géant risquait de saper l’innovation et de faire partir ses meilleurs talents.
Vivendi a aujourd’hui d’autres sujets brûlants sur la table, et s’est engagé à ne pas acheter de titres Ubisoft pendant cinq ans, même s’il reste bien sûr engagé dans les jeux vidéo avec Gameloft. Embourbé dans un autre mélodrame italien avec Mediaset et Telecom Italia, Vincent Bolloré signe cette paix des braves au meilleur moment, car cette cagnotte pourrait lui être utile pour transiger avec le groupe de Silvio Berlusconi, et même le gouvernement italien échaudé par son immixtion. Néanmoins, si la stratégie de l’homme d’affaires breton reste encore trouble pour une partie des observateurs, les investisseurs ne lui en tiennent pas encore rigueur et lui accordent toute leur confiance, dans la mesure où le titre Vivendi a progressé de près de 25% en un an.
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