Apple, une vache à lait de 100 milliards de dollars
Chez Apple, plus grosse capitalisation boursière avec près de 900 milliards de dollars, les volumes donnent le tournis. Ce n’était donc qu’une demi-surprise lorsque la firme à la Pomme a annoncé, lors de ses résultats trimestriels, un programme de rachats d’actions pour un total de… 100 milliards de dollars ! Ce montant, qui est le plus important rachat de titres jamais engagé, était largement attendu, depuis que le groupe avait annoncé en janvier qu’il allait rapatrier la majorité des 267 milliards de dollars de cash qu’il détenait hors du pays, afin de bénéficier de l’amnistie fiscale passée en fin d’année. Selon la réforme fiscale, le rapatriement du cash détenu à l’étranger sera taxé à 15,5% et les actifs illiquides à 8%, contre un taux usuel de 21%. Selon l’Institute on Taxation and Economic Policy, en tirant profit de ce geste fiscal, Apple a ainsi économisé 43 milliards de dollars d’impôts, un record historique. Dont ses actionnaires sont les premiers bénéficiaires, puisqu’il a aussi augmenté son dividende de 16% à 73 cents par action, et devient le plus généreux distributeur américain, devant Exxon Mobil.
Le marché n’a d’ailleurs pas boudé sa joie : mercredi matin, le titre Apple bondissait de plus de 4%, soit 34 milliards de dollars, si bien que la société a déjà récupéré un tiers de l’argent dépensé en l’espace d’une heure ! Il faut dire que les résultats trimestriels étaient très bons : il a vendu 52,2 millions d’iPhone X à un prix plus élevé de 1000 dollars, d’où des revenus en hausse de 14% (et même de 21% en Chine), mais c’est surtout l’activité de services qui est la locomotive du groupe, en augmentation de 31% sur trois mois ! Ce qui a permis à Apple de dégager des profits en hausse de 25% à 13,8 milliards de dollars. Mais qu’en est-il des investissements, se sont enquis les analystes ? Le directeur financier, Luca Maestri, s’est justifié en expliquant que la société investissait mais pouvait se le permettre car nous « avons une activité très, très profitable ».
Si Apple est l’exemple le plus frappant de par les montants en jeu : l’ensemble des sociétés du S&P 500 va tirer parti de la réforme fiscale pour récompenser ses actionnaires. Selon JP Morgan, elles seraient ainsi sur le point de procéder à 800 milliards de dollars de rachats d’actions en 2018, un montant en hausse de 54% sur un an ! Car les corporates bénéficient à plein du coup de pouce fiscal de l’administration Trump : 79% de celles qui ont déjà publié leurs résultats trimestriels ont dépassé les attentes, un record. Et selon Goldman Sachs, elles devraient également augmenter de 12% leurs dividendes à 515 milliards de dollars.
Mais quid de la politique de « ruissellement » défendue par les représentants de l’administration Trump, selon lesquels une hausse des profits des entreprises les incite à investir, créer des emplois et booster ainsi le pouvoir d’achat des américains ? Pour l’instant, les exemples ne pullulent pas : même Caterpillar, le fabricant de machines de construction, n’a pas augmenté ses investissements mais a repris ses rachats de titres. Les derniers chiffres du PIB ont montré une hausse de 6,1% de l’investissement business au premier trimestre, contre 7,2% il y a un an. Ironie du sort, les plus dépensières sont les sociétés tech, comme Alphabet et Amazon, qui a investi plus de 3 milliards de dollars (en hausse de 40%), mais est pourtant régulièrement attaqué dans les tweets du Président pour une supposée concurrence déloyale à la Poste américaine.
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